AH, MAMAN…

Ah Maman…Il relève de l’impossible de ne pas rédiger une hagiographie quand je parle de toi. Il est quasiment impossible de rester objectif quand il s’agit de toi, je le reconnais volontiers. Toute objectivité s’envole par la fenêtre quand je pense à toi. Ma maman…Quelle femme unique et géniale. Je suis sûr que je vais être à court de qualificatifs élogieux bientôt mais cela ne saurait me décourager.

Comme la plupart des femmes, tu portes de multiples chapeaux. Cependant, ton cas est particulier vu le nombre de chapeaux ; femme, épouse, mère, fille, amie, cousine, sœur, tante, marraine, infirmière, Grecque, Burundaise, féministe, femme indépendante, polyglotte, aventurière, femme qui aime prendre des risques, rationnelle et cartésienne, chrétienne orthodoxe et pieuse, pudique, amoureuse de la vie, souriante, armée d’un rire qui illumine tout endroit où elle se trouve, débrouillarde et j’en passe.

Je pourrais parler de toi pendant des semaines entières, tellement ta vie est unique à plusieurs égards. Personnellement, je peux surtout parler de la maman que tu es et que tu as toujours été. Tu as tout fait pour être une maman attentionnée sans être collante ni étouffante, une maman dont l’amour est aussi étendu que l’univers, une maman toujours à l’écoute, douce, encourageante, une maman qui ne se moque jamais de ses enfants. À tes côtés, je ne me suis jamais senti indésirable, ni invisible. Les mots d’amour ont toujours fait partie de ton vocabulaire quotidien. Tu m’as toujours dit que tu m’aimais, à la moindre occasion et tu m’étouffais de bisous, d’où mon amour pour les bisous et le fait que j’embrasse tout le monde ! Un enfant qui a reçu de l’amour saura s’aimer et aimer les autres, c’est aussi simple que ça. Je te remercie de m’avoir appris cette leçon dont la valeur est incommensurable.

Le complexe d’œdipe stipule, (merci à Freud pour sa théorie bidon et invalide à plusieurs égards aux yeux des psychiatres du 21ème siècle) que les garçons ont une tendance à être attirés par des femmes qui ressemblent grandement à leurs mamans et les filles par leurs papas.  Je ne suis point attiré par ma maman, que les Dieux m’en gardent, mais j’avoue fièrement voir en elle un exemple presque parfait de ce que représenterais la femme adéquate à mes yeux.

Maman, tu n’es pas une sainte ou sans reproche. Je dis ça parce que tu m’as frappé une fois, injustement et tu es venue t’excuser le lendemain quand tu as remarqué ton erreur. J’ai passé la journée sans te parler car je boudais mais j’ai craqué car ton pardon était sincère et je voyais les remords dans tes yeux.

Cette femme aux yeux bleus scintillants et à la peau presque pâle, est tombée amoureuse d’un homme noir en Grèce, dans les années 1970, ce qui était rarissime à l’époque. Elle a eu 2 garçons métis une décennie plus tard et ces derniers lui ont donné du fil à retordre mais je pense qu’elle ne s’en plaint pas aujourd’hui. Elle a épousé ce grand homme qu’est mon papa et elle a quitté sa Grèce natale pour aller vivre au Burundi, sur un autre continent, aussi étrange que lointain. Elle a recommencé sa vie, remplie d’incertitude, à des milliers de km, loin de sa famille, de ses amis, à des années lumières de sa zone de confort et dans un pays rempli de gens qui ne lui ressemblent pas et qui ne parlent pas sa langue, comme elle ne parlait pas leur langue non plus.

Ah Maman…Toi et ton romantisme, vous m’avez toujours fasciné. Tu as toujours dit, et je m’en souviens depuis que j’étais gamin, que “je suivrais mon Pierre même s’il allait sur la lune”. Tu crois en l’amour contre vents et marrées. Cet amour pour ton mari, ton dévouement pour tes enfants et leur bien-être, t’ont poussé à apprendre le kirundi, une langue difficile à parler et surtout à cerner, vu qu’elle est remplie de figures de styles. Tu as travaillé comme une forcenée aux côtés de ton mari, et surtout, tu rentrais chaque soir cuisiner pour ta famille, pas parce que tu te sentais forcée de le faire, mais parce que tu voulais le faire, c’était un plaisir pour toi et c’est toujours le cas. Tu as offert un support inégalé à Papa et il n’aurait jamais pu accomplir tout ce qu’il a accompli sans t’avoir à ses côtés.

Ah Maman…Même au plus fort de la guerre, tu es restée au Burundi, ce pays qui t’avait adopté mais qui avait lui-même des problèmes à trouver sa propre identité. Tu n’as pas lâché, tu n’as pas fui, tu es restée forte, à nos côtés et je n’ose pas imaginer le courage, pour ne pas dire la témérité sinon la folie que ça prend de rester malgré, l’embargo, la peur, les couvre-feux, les coups de feu et autres problèmes qui rendaient le quotidien de tout burundais, infernal.

Maman, tu es un exemple de persévérance pour moi. Tu m’inspires à être fort, résilient, optimiste, et ta fameuse innocence, parce que tu ne sais pas mentir (faudrait que je t’apprenne un peu à mentir, sérieux !), me poussent à continuer à croire en mon prochain et à rester souriant.

T’avoir comme maman est le plus grand honneur de ma vie, jusqu’au jour j’aurais mes propres enfants et même à ça. J’espère du fond du cœur que je pourrais leur donner, ne fut-ce qu’un dixième de l’amour et du dévouement que tu m’as offerts.

Maman, je ne te vois pas souvent, au grand dam de mon cœur, qui te réclame quotidiennement. Cependant, ton amour, ta voix et tes gestes sont à jamais encrés dans mon cœur, mon âme et mon subconscient. Papa t’aime de tout son cœur et ne quitte jamais tes côtés, ce qui me pousse à croire que tu dois être une femme et épouse formidable.

Un jour, je pourrais peut-être utiliser un gadget qui pourra lier nos cœurs pour que tu puisses ressentir tout l’amour que j’ai pour toi. Te dire merci semblerait futile car tout ce que tu as fait pour moi et que tu continues à faire, ne saurait être décrits adéquatement. 

Merci de m’avoir couvert d’amour et de bisous. Merci de m’avoir encouragé à être Freeman, un homme libre mais responsable. Merci de m’avoir mis au monde et d’avoir pris soin de l’enfant frêle et maladif que j’étais. Tu ne t’es jamais plainte quand tu t’occupais de moi malgré les 12 heures de travail qui pesaient sur ton dos après un quart de travail où tu étais occupée sans arrêt. Merci de m’avoir envoyé en Grèce chaque été pour que je puisse garder une relation vraie et profonde avec surtout mes grands-parents, toute ma famille grecque et mon pays d’origine. Merci de ne m’avoir refusé aucune faveur, dans la mesure du possible. Merci de m’avoir respecté, aimé, cajolé et protégé.

Je pourrais écrire des mercis à longueur de journée. Je vais m’arrêter ici, car je risque d’écrire à jamais. Merci surtout de m’avoir aimé inconditionnellement et de continuer à le faire. Tu es unique. 

Je t’aime maman et merci.

Ah Maman…Σ’αγαπώ.

Freeman. B

2 thoughts on “AH, MAMAN…

  1. Miganda

    Je connais votre maman. La première fois que je l’ai vue accueillir des patients à la Clinique, j’ai été frappée par la douceur du ton, la gentillesse avec laquelle elle parlait. On était habitue au ton rude ou impersonnel des infirmières, mais avec elle, toute la peur, l’appréhension s’envolaient. Quelque chose m’a particulièrement frappée. Comment se faisait-il qu’elle parlât kirundi ? Et du bon kirundi ? Pour moi, il n’y a qu’un seul mot pour la décrire : admirable

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    1. Je suis content que vous l’ayez croisée. Elle a appris le kirundi (qui soit dit en passant, n’est pas une langue facile si on parle Grec à la base) à 36 ans, à son arrivée au Burundi, par respect pour son mari et le pays qui l’accueilli. Sa personnalité douce fait d’elle une infirmière hors du commun et une maman encore plus formidable. Mon frère et moi sommes bénis de l’avoir et mon papa est encore plus bénis que nous d’avoir une femme qui l’a toujours supporté et cru en lui. Merci pour votre message chère madame Miganda.
      P.S: ma mère adorait regarder la série Ninde tous les mardis soirs avec nous et elle rigolait à tout rompre! et qu’elle ait laissé cette image

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