CELA A PRIS DU TEMPS.

Hier, j’ai reçu un message dans mon compte Instagram. Ce fut un message écrit par une jeune dame dans lequel elle me félicitait de parler couramment et de maitriser avec une certaine aisance, la langue de Shakespeare et celle de Molière. En moins d’une seconde, le sang fit un tour dans mon organisme et se retrouva dans mon visage car les compliments m’indisposent légèrement, pour ne pas dire énormément, mais je l’ai remerciée du fond du cœur et nous avons continué à parler d’autres choses.

Une fois la conversation terminée, j’ai pensé aux propos de la jeune dame. Elle m’a félicité pour des actions que je considère aujourd’hui anodines, toute vanité mise à part. Je suis quelqu’un de volubile et j’écris presque tout le temps, comme un forcené. Donc, parler et écrire, sont devenues des habitudes que je ne remarque plus. Parler et écrire font partie de ma vie, ils sont devenus des besoins primaires au même titre que manger et respirer.

Si seulement la jeune dame savait ce que j’ai dû traverser comme obstacles pour me rendre au point d’aisance actuel. J’ai fait ma scolarité au Burundi, où l’enseignement secondaire est dispensé en français. Cependant, apprendre le français à l’école ne sert pas à grand-chose si on ne le pratique pas régulièrement. Les meilleurs locuteurs, que j’ai connus, parlaient français en dehors de l’école, c’est-à-dire à la maison, avec leurs parents et amis, etc.

Nous parlions grec à la maison et continuons de le faire aujourd’hui. Le français était inexistant dans notre demeure et l’est tout autant actuellement. Comment ai-je appris le français ? Ce fut simple quand j’y pense maintenant : lire, lire, lire, et lire des œuvres en français. J’ai commencé par des bandes dessinées telles que Tintin, Astérix, Lucky Luke, Boule et Bill, Gaston Lagaffe, etc. J’ai ensuite lu des romans jeunesse, Bob Morane, exclusivement et quelques romans empruntés à l’alliance française de Bujumbura, située à l’arrière de la cathédrale Regina Mundi où je passais certains de mes après-midis. Après, l’écrit, il fallait absolument maitriser l’oral.

Ah, les aventures de Freeman quand il commençait à parler français !! Ces aventures pourraient faire l’objet d’une mini-série Netflix, dans la section comédie mortelle, dans la même veine que le Diner de cons. Ce fut tragique et infiniment drôle en même temps. Il faudrait que je fasse des interviews de mes amis qui ont été des témoins, malheureux je dirais de mes erreurs, et cassages (un cassage étant les erreurs de prononciations qui font mal à l’oreille et surtout au cœur !). Les gens se sont moqués de moi abondamment. Cependant, étant quelqu’un qui n’a pas facilement froid au dos et surtout qui a rarement honte, j’ai continué à parler, à m’exercer, à me corriger et je m’en suis bien sorti.

Concernant l’anglais, ce fut une autre histoire. La langue de Shakespeare est nettement plus facile à maitriser que le français donc j’ai pu m’adapter plus facilement et plus rapidement. Une fois arrivé à Montréal, ville francophone dans un Canada majoritairement anglophone, il fallait trouver un moyen de pratiquer mon anglais. Ainsi, en 2002, je me suis abonné à l’hebdomadaire américain Time et j’ai acheté un dictionnaire Merriam-Webster, le Larousse des anglophones. Le premier roman que j’ai lu entièrement en anglais fut le Code Davinci et le dictionnaire en question fut d’une aide inestimable. J’ai opté pour un dictionnaire anglais-anglais au lieu de anglais-français car une langue s’apprend en cherchant le sens des mots et leurs synonymes dans la même langue, et non en la comparant à une langue qu’on connait déjà.

Les séries télévisées et les films américains en version originale ont fait le reste. Et pour la pratique orale, je me suis entouré d’amis dont la langue maternelle était l’anglais et je leur ai demandé, gentiment bien sûr, pour ne pas dire fortement suggéré, de ne me parler qu’en anglais, afin que je puisse m’améliorer. Le but était de s’améliorer et ce but est toujours d’actualité. Je leur ai demandé par la même occasion de me corriger quand c’était nécessaire et de le faire sans hésiter. Je ne pourrais jamais les remercier assez.

La conversation m’a fait penser au fait que les gens voient en moi le produit presque fini dans le domaine de l’expression orale et écrite, un domaine dans lequel je suis plus qu’à l’aise. Cependant, la majorité d’entre eux, malheureusement, ne sont pas au courant du chemin parcouru qui m’a mené où je suis aujourd’hui. Un chemin que je tacherais de raconter plus en détails au fur et à mesure que le temps passe. Ce chemin s’étale sur 3 décennies déjà et il n’est pas près de s’arrêter. Je continue à apprendre et à m’améliorer tous les jours, aussi impossible que cela semble. Les langues évoluent et changent. Il faut s’adapter à tous ces changements, qui sont de plus en plus fréquents et rapides.

Ainsi, je suis presque certain que les gens se reconnaitront dans mon parcours et peut-être, ils se sentiront moins seuls et se diront « si ce gars l’a fait, qui suis-je pour ne pas y arriver ? » et ils auront absolument raison de penser ainsi. Les parcours des gens se ressemblent pas mal même si nous avons tendance à ne pas l’accepter.

Je voudrais préciser quelque chose d’essentiel et quelque peu répétitif : ce que j’ai fait avec ces deux langues, franchement, n’importe qui peut le faire. Combien de gens parlent aujourd’hui 2,3,4,5 langues ? Des dizaines, sinon des centaines de millions. Il suffit de se lancer dans le vide et ne pas avoir peur de commettre des erreurs, d’ignorer ceux qui se moquent de vous et surtout, de pratiquer la langue en question et de lire, lire, lire et lire encore.

Les langues permettent aux gens de s’entendre, de connecter, de s’apprécier, de se respecter, de percevoir nos similitudes et nos différences également. Les êtres humains ont besoin de connecter de toute façon et rien de mieux que de parler la langue d’autrui pour voir en eux des frères et sœurs. Nous sommes tous semblables.

N’oublions pas que rien ne peut être maitrisé sans qu’il y ait une pratique constante et qui s’inscrit sur le long terme. Il suffit de lire, parler, écouter, poser des questions, et de recommencer le même cycle. Si on le fait assez longtemps et assidument, toute langue devient facile à maitriser. Je dis courage à toute personne qui se bat pour maitriser une langue en ce moment. Les efforts fournis ne sont jamais perdus, ils finissent toujours par payer.

Sur ce, je vous souhaite une bonne journée.

Freeman. B

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