DÉFI MAJEUR.

Je parlais à une amie hier. La jeune dame est maman de deux enfants en bas âge (moins de 5 ans), même si, en toute franchise, on ne pourrait jamais le deviner, vu qu’elle ressemble à une adolescente ! On dirait que certaines personnes ont été bénies par un ADN qui ignore le vieillissement.

Notre discussion a tourné au monde contemporain, ce 21eme siècle, qui n’en est franchement qu’à sa genèse, encore fougueux, jeune et mystérieux. Mon amie m’a parlé de ses appréhensions et peurs concernant le monde dans lequel ses enfants vont grandir. Comme tout parent responsable, les questions qu’elle posait étaient légitimes sur le fond comme sur la forme.

Chaque génération a ses propres défis. Ces derniers diffèrent en gravité, en intensité et en longueur temporelle. Certains défis s’éternisent, d’autres pas. Certains sont intenses, d’autres n’ont presque aucune virulence. Quelle sera l’adversité qui essaiera de barrer le chemin des enfants nés dans les années 2010 ?

J’ai eu la chance de connaitre des personnes de différentes générations et j’ai pu leur parler, ce que je considère comme une bénédiction. On minimise l’importance de parler aux autres, surtout aux personnes qui sont plus âgées que nous. Leurs expériences sont d’une richesse quasi-infinie et leurs récits nous révèlent un monde que nous ne connaissons que par les films, sachant que les films ne sont pas toujours fidèles à l’histoire. Rien ne saurait être plus authentique qu’une histoire qui nous est racontée de vive voix par la personne qui l’a vécue. Au-delà de la transmission des faits, il existe une transmission d’émotions dont l’importance est cruciale.

Mes grands-parents maternels ont dû survivre la seconde guerre mondiale. Ils ont connu l’occupation italienne et allemande. Ce ne fut guère plaisant, loin de là. Ma grand-mère me racontait ce qu’elle a vécu en tant qu’adolescente pendant cette période-là. Mes grands-parents ont connu la privation, la peur, la faim, l’insécurité et tous ces autres malheurs qui accompagnent tout conflit. Ma mère a connu la pauvreté de l’après-guerre et la dictature communément appelée « le régime des colonels ». Il s’agissait d’une junte militaire d’obédience capitaliste qui, avait comme but, subtile bien sûr, d’éradiquer les communistes et socialistes de la société grecque. Ma mère et sa famille ont toujours eu des idées de gauche mais ils n’ont jamais été inquiétés, chose qui ne fut pas le cas pour des milliers de gens.

Mes grands-parents paternels sont nés dans un Burundi sous la colonisation allemande et ont passé une bonne partie de leur vie sous la tutelle belge après 1918. Ils ont connu l’humiliation des colons, le bafouement de leur identité et culture, les privations, punitions sommaires, etc. Mon père est né en pleine période coloniale et il fut témoin, quoique très jeune, de la lutte pour l’indépendance. S’en suivirent les guerres de 1965,1972,1988 et finalement le coup d’état d’octobre 1993, lequel est toujours ancré dans ma mémoire. J’ai connu la guerre moi-même, chose qui ne m’enchante guère. Il faut dire que j’ai gardé des séquelles de cette période, psychologiques et non physiques. Cependant, j’ai eu plus de chance qu’une bonne partie de mes compatriotes.

Ainsi, chaque génération a son lot de défis. Chaque génération traverse une période difficile. Chaque génération doit se regarder en face et admettre que certaines actions découlant de ces défis, l’ont aidé à forger son caractère, pour que ce dernier soit, on l’espère, plus fort, plus résilient. Le revers de la médaille est que le caractère peut facilement aller dans la direction opposée car toute guerre amène son lot de blessures psychologiques, PTSD, anxiété, dépression, pensées suicidaires, etc.

En 2019, qu’en est-il de mon amie et surtout de ses enfants ? Je pense que le défi majeur que les enfants auront à affronter est l’avancée fulgurante de la technologie. Je viens de citer quelque chose d’évident, n’est-ce pas ? Il y a une décennie de cela, on avait l’internet sur nos téléphones et on recevait des emails, ce qui était presque magique. Aujourd’hui, on peut démarrer les voitures et changer la température de la maison avec quelques mouvements de nos doigts. Tout change mais tout change un peu trop rapidement et le cerveau humain peut à peine suivre ! Les psychologues ne connaissent toujours les effets secondaires à court terme de cette vie où on est connectés tout le temps, alors imaginez les effets secondaires à moyen et long terme ! Je ne veux même pas y penser !

Tout change ! La science, la médecine, l’économie, le marché du travail et surtout la communication. Nous avons nos yeux rivés sur les écrans, 24h/24 et par conséquent nous avons tendance à regarder les gens droits dans les yeux de moins en moins et la connexion humaine en pâtit. J’ai l’impression que les gens ne communiquent plus d’une manière saine, déjà que l’on n’était pas maitres dans ce domaine.

L’écran nous éloigne de l’interlocuteur et nous éloigne ainsi des émotions. Un message peut transmettre des émotions mais rien ne pourra battre une émotion transmise face à face. Plus on communique avec les autres, face à face, plus on peut cerner leurs émotions, leur langage corporel, leur ton et on apprend, ne fut-ce qu’un peu sur leur état d’esprit, sur ce qui les irrite ou leur fait plaisir.

Probablement que le défi majeur sera le manque de connexion humaine malgré l’hyper-connectivite de ce 21eme siècle. Aujourd’hui, on peut envoyer un message à Rihanna direct mais les gens ont du mal à demander à quelqu’un d’aller boire un verre. Pas très normal tout ça !

Peut-être que le temps et l’avancée de la technologie vont créer une société où l’individualisme est poussé à l’extrême et n’oublions pas que « tout excès est néfaste » comme disait Montaigne. Peut-être que les jeunes des prochaines décennies ne pourront pas apprécier, à leur juste valeur, le plaisir d’être avec des amis et boire un coup. Peut-être qu’ils ne feront plus de BBQ. Peut-être qu’ils n’auront aucune idée ce que le froncement des sourcils veut dire. Peut-être que ne pas se parler de vive voix deviendra la norme, malheureusement.

Par ailleurs, c’est un peu bizarre que moi, la personne, qui a un blog, et qui donc publie les messages sur internet, parle de la technologie ainsi, avec une connotation légèrement negative. Dans un monde idéal, je voudrais exposer mes idées devant des gens pour qu’on puisse échanger mais vu que nous ne pouvons être ensemble à force d’être éparpillés dans le monde, le blog fera l’affaire.

J’espère que nous allons continuer à communiquer de vive voix, de se voir, d’échanger avec nos amis et avec la famille. Je suis persuadé que, peu importe l’avancée technologique, rien ne pourra remplacer la communication directe entre les êtres humains. Les enfants de ce début du 21eme siècle ont du pain sur la planche. Leur défi est colossal, herculéen. Ils ont intérêt à ne pas oublier l’humanité qui est dans leur ADN. Ils ont intérêt à gérer les machines, parce que l’inverse ne serait pas une bonne idée. L’éternel optimiste en moi croit que ça ira.

J’ai confiance en mon amie pour transmettre les bonnes valeurs à ses enfants. Elle va les préparer pour le défi qui les attend. Je lui fais une confiance aveugle.

Sur ce, je vous souhaite une bonne journée.

Freeman. B

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