ELLE N’EST JAMAIS ENTIERE.

 « Rien n’est impossible », dit le dicton dont l’auteur est inconnu.

Ben, voyons ! Bien sûr que cette phrase a quelque chose de bizarre à mon avis. Il est utile que je mentionne, soit dit en passant, que je n’aime pas les déclarations absolues, parce que la vie n’est pas faite que de noir et de blanc exclusivement. Il existe énormément de gris dans cet univers.

Le réalisme de la vie courante, nous rappelle combien ce dicton est bidon. Il existe une liste quasi-infinie de choses qui sont impossibles. Néanmoins, je comprends l’intention noble de l’auteur. Derrière cette phrase, se cache subtilement, un besoin de vouloir offrir de la motivation aux autres et surtout à sa propre personne. Nous savons tous que les plus grands accomplissements dans ce monde, furent réalisés grâce à cette mentalité, cette résilience que peu de nous possèdent, cette force interne qui refuse de lâcher le morceau. Il faut être particulièrement têtu, motivé, obsédé, voire fou, afin d’accomplir quelque chose de grandiose.

Cependant, permettez-moi de citer quelques exemples d’actions impossibles : voler (dans les airs, pas commettre des délits !) naturellement sans aucune aide quelconque, calculer plus vite qu’un ordinateur, parler toutes les langues du monde, mourir et ressusciter (les disciples de Jésus, calmez-vous, ok ?), contrôler la météo, rester sous l’eau pendant une heure, être allergique à l’eau, se couper une artère et ne pas saigner, ne jamais pleurer et j’en passe. La liste s’étend à l’infini.

Savez-vous quelle autre action est impossible ? Ressentir une empathie totale. Cela est impossible. L’empathie est comme toute autre caractéristique de notre âme ; elle est subdivisée en degrés. Certaines personnes n’ont aucune empathie, elles n’ont pas de remords, elles ne ressentent rien émotionnellement. Cela est l’un des nombreux symptômes de la psychopathie et ces personnes-là sont parmi nous ! Ne vous affolez guère, elles ne sont pas dangereuses en général.

Je parle de l’empathie parce que j’ai réalisé que ma propre empathie a des limites. Mon empathie est échelonnée sur des degrés, elle a un seuil minimum apparemment. Parfois, rarement, elle n’est même pas au rendez-vous. Disons que je me suis retrouvé avec des questions existentielles sur ma personne, ma nature, qui je suis et comment je fonctionne au quotidien.

C’est alors que j’ai décidé de tester l’empathie des autres, les gens que je côtoie, mes collègues de travail, mes amis et aussi ma famille. Je n’aime pas nécessairement les comparaisons mais la curiosité a gagné le combat qui faisait des ravages au fond de mon âme. J’ai eu plusieurs conversations avec un vaste réseau de personnes et j’ai réalisé que nous partageons presque tous, ce concept de l’empathie.

Je suis sûr qu’on veut tous se définir comme « extrêmement empathiques » ou « très empathiques ». Je vais éviter d’utiliser le langage des sondeurs, il est plus qu’ennuyant. Par ailleurs, afin que l’on soit sur la même longueur d’onde, empathie signifie « faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent ».

Nous pouvons nous mettre à la place d’autrui, certes, mais nous ne pourrons jamais ressentir ce que cette personne ressent, de la manière qu’elle le ressent. N’oublions pas que les sentiments sont souvent subjectifs, ouverts à l’interprétation de chaque personne et de leurs nombreuses expériences.

Une amie m’a dit récemment : « tu ne comprends pas ce que vivent les femmes, et surtout les femmes noires au quotidien, au Québec ! » et je me suis pressé de lui dire que « Absolument, je ne comprends pas ! ». En entendant ma réponse, elle s’est quelque peu énervée et avec raison. Elle croyait que je me moquais d’elle mais ce n’était point le cas et je lui ai gentiment expliqué que n’étant pas une femme noire, je ne pourrais jamais, au grand jamais ressentir, le calvaire qu’une femme noire vit vraisemblablement au quotidien dans la belle province. J’ai aucune idée, je suis un mec ! Mais elle pourrait toujours me parler de son expérience, me la décrire, me l’expliquer, afin que je puisse mieux comprendre ce qu’elle vit.

Il m’arrive aussi parfois de parler d’un sujet qui me tient à cœur et certaines personnes ne comprennent pas mon indignation ou mon exaspération. J’en vois certains qui essaient de comprendre mon point de vue et cela m’enchante. Toutefois, il existe toujours une minorité qui n’arrive pas à s’identifier à mon problème et, qui sait, peut-être, qui s’en fout carrément. Peut-être que le sujet ne les intéresse guère ou peut être leur empathie n’est pas encore aiguisée, ou ces personnes ne peuvent pas s’identifier au problème en question ou à l’interlocuteur.

L’empathie est un muscle. Plus on l’utilise, plus il devient fort et il s’atrophie s’il n’est jamais (ou rarement) utilisé. Certaines personnes ont le problème inverse : elles sont très empathiques et n’arrivent plus à être objectives et surtout elles prennent les problèmes des autres personnes à cœur, ce qui les empêche de fonctionner d’une manière efficace. « Tout excès est néfaste » comme disait Montaigne.  

Nous n’avons pas tous le même degré d’empathie et les sujets qui nous touchent diffèrent d’une personne à l’autre, dépendamment de leur culture, leur personnalité, leur environnement, leur histoire personnelle, leur religion, leur statut économique et j’en passe. Un rohingya de la Birmanie, qui est persécuté parce qu’il est musulman dans son propre pays et qui est obligé de fuir, mérite mon empathie autant que le petit réfugié Burundais qui vit dans un camp de réfugiés depuis qu’il est né, n’est-ce-pas ? Je dis que oui. Mais j’avoue, avec une certaine honte que je ne pense jamais aux Rohingya. Pourquoi ? Probablement que c’est une question d’environnement et de culture. Je ne demande à personne de penser au monde entier mais j’illustrais seulement un exemple d’empathie.

Certaines personnes ne comprendront jamais votre expérience ou votre peine. Tout ce que vous pouvez faire, c’est parler dans l’espoir que les autres s’identifient à vous ou qu’ils vous comprennent ne fut-ce qu’un peu. Il y aura des gens qui vont vous poser un million de questions. Vous pouvez toujours déceler la personne qui est intéressée sincèrement, de celle qui a comme objectif de vous importuner et de se moquer de vous.

Il existe certaines personnes qui se moquent bien de mon texte « café au lait » qui parlait de mon expérience métisse au Burundi. Qu’importe. J’ai partagé mon histoire dans le but de faire connaitre une autre vision de ce que peut représenter la vie au Burundi.

L’empathie n’est jamais entière.

Elle est subjective. Elle connait des degrés différents. Elle peut être ajustée, aiguisée, entretenue et parfois, elle peut aussi être étouffée, mise de côté, ou carrément ignorée.

Personnellement, je trouve que le seul moyen qui peut nous rendre encore plus empathique, est de parler aux gens. Il faut parler aux autres et surtout les écouter. Il faut essayer voir l’humanité commune qui nous unit. Il faut qu’on se rapproche car, aussi différents que l’on puisse être, le même ADN nous unit. Nous avons tous les mêmes désirs et besoins basiques. Nous pouvons déceler ces points communs mais cela exige de la patience, de l’écoute et surtout de l’empathie !

L’empathie n’est jamais entière.

Cela ne changera jamais. Cela est impossible même si rien n’est impossible, d’après le fameux dicton.  

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée. 

Freeman. B

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