AH PAPA…

On ne choisit pas ses parents. Cela est une évidence, car personne ne demande à naître. Cependant, si je devais choisir un père, je te choisirais sans hésiter, sans broncher, sans réfléchir, sans perdre une seule seconde.

Nous avons tous un géniteur et une génitrice. Moi, j’ai eu l’énorme chance, la bénédiction, l’immense privilège, d’avoir un père, un papa, bref de t’avoir toi ! Pierre est ton prénom, mais ton cœur n’a rien en commun avec une pierre. La seule chose qui me désole, est que tu ne sauras jamais ce que c’est d’avoir un père comme toi ! Ce sentiment est impossible à décrire et tant mieux. Un peu de mystère est essentiel dans la vie.

Tu m’as donné ton ADN, ce qui serait suffisant, biologiquement parlant. Mais grâce à la personne que tu es, tu m’as tout offert ! Ton amour fut, est et, sera toujours inconditionnel, ton respect n’a jamais vacillé, ta disponibilité n’a jamais fait défaut, et ton fameux sourire charmant me fait sourire. Warampaye n’inyinyi ya top !

Toi et moi, on a eu plusieurs conversations profondes depuis que je suis petit. Mais j’apprécie surtout les conversations que nous avons eues depuis que je suis adolescent. Tu m’as toujours dit la vérité sur la vie, sur toi, sur tes pensées, sur le monde. Et, chose qui risque de t’étonner, je t’ai toujours observé. Oh que oui ! J’aime bien penser que je suis un étudiant éternel de la psychologie humaine.

Donc, subtilement, je t’observais comment tu interagissais avec les gens mais surtout avec maman, ta femme depuis plus de 40 ans. Grâce à toi, je sais quel genre de mari, quel genre d’homme, de père de famille, de frère je veux être. Tu m’as aussi parlé de tes problèmes, des croix que tu as du porter, des échecs, de tes déceptions, de tes vulnérabilités, car tu es un homme, un vrai. Tu ne prétends pas avoir toutes les réponses et surtout, tu n’hésites pas à poser des questions. Tu as cette capacité de te remettre en question et cette soif insatiable d’apprendre, que tu m’as transmise et qui me va comme un gant !

Grâce à toi, j’ai appris la patience car elle porte des fruits et s’exciter à tort et à travers ne sert à rien. J’ai appris le respect, le calme, la réflexion avant l’action et surtout pas la réaction, l’humour qui ne te quitte jamais et qui a créé une ambiance festive à la maison et dans nos vies. Je te regarde et je vois une intelligence qui brille dans tes yeux. Je vois la retenue qui est un des piliers de ta personnalité (j’apprends toujours la retenue parce que mon côté grec m’empêche de me retenir !), la considération envers autrui, la force de caractère, la capacité à être et à rester digne pour rester au-dessus de la mêlée, l’apaisement quand une situation est volatile, l’écoute active que tu as toujours utilisée pour comprendre l’enfant turbulent que j’étais et l’adulte fougueux que je suis. Je vois en toi la compréhension et l’analyse des situations, l’amour infini qui émane de ton âme, le travail acharné qui a fait de toi un professionnel et un scientifique accompli. Je vois ta manière infatigable de t’adapter dans un pays inconnu ou dans ton propre pays déchiré par la guerre, et j’en passe.

Je me rappelle comme si c’était hier, un jour festif, où tu me présentais à des gens avec une fierté incroyable, en disant simplement, « lui, c’est mon fils cadet ». Je me rappelle clairement le sourire, ton torse bombé de joie et de fierté de pouvoir être debout aux côtés de cet adulte qui était, autrefois, un petit garçon avec une voix rauque et qui bougeait sans arrêt avec une frénésie incroyable. À ce moment précis, je sentis moi-même une joie intense envahir mon cœur, parce que je me disais que tous les sacrifices matériels et personnels que tu avais faits, avaient accouché d’un homme dont tu étais fier. Tu étais fier simplement de l’homme que j’étais devenu. Pour tout enfant, un geste pareil a une valeur infinie.

Tu sais papa, le désir d’être un fils aussi exemplaire que possible, a été et sera toujours mon étoile du Nord. Je vis ma vie en étant ma propre personne, avec mon caractère et des valeurs que tu m’as inculquées et celles que j’ai acquises le long de mon cheminement. Tu as eu le courage et l’envie sincère de me permettre d’être moi-même. Tu n’as jamais bronché quand je te disais que je voulais faire quelque chose. Au contraire, tu m’as toujours encouragé, et tu l’as fait sans hésiter. Merci de croire en moi et de me faire confiance. Je ne prends rien pour acquis, je te le promets.

Tu as toujours respecté mon individualité et une telle attitude envers un enfant est d’une valeur incommensurable. Qui plus est, tu as toujours respecté toutes mes relations amoureuses. Tu ne t’es jamais immiscé dans mes relations. Et je me rappelle comment tu m’as toujours consolé après une rupture. Ta première question était « comment tu te sens mon chéri ? », le genre de question capable de déshabiller l’esprit de tout fils et de dire la vérité à son père. Grâce au climat de confiance et de respect qui règne entre nous, je t’ai toujours dit la vérité sur mon état d’esprit, sans faux-fuyants, sans donner de détails bien sûr. La vérité, aussi inconfortable qu’elle soit, prime sur tout. Je ne dis pas qu’elle est facile à dire, mais je te dois la vérité. Parfois, il nous arrive qu’on ne s’entende pas et c’est normal. Cependant, grâce à l’amour et au respect qui nous unit depuis la naissance, on finit toujours par s’entendre, se réconcilier, ou, si les différences sont profondes, on finit par respecter les avis contraires et la relation survit sans qu’elle soit endommagée.

Un jour de janvier 2008, jour que je n’oublierais jamais, je t’ai appelé, avec le cœur lourd et l’esprit meurtri. Je venais d’être exclu de mon programme de microbiologie de l’université de Montréal. C’était la 3ème et dernière année du programme mais pour des raisons que je préfère garder floues, je fus exclu, sans la possibilité de retour. Une honte envahit mon cœur et une peur que je ne pourrais décrire. Le seul problème fut de te le dire, d’avouer la vérité, de savoir que je t’ai déçu. J’avais une peur bleue que tu aies honte de moi, que tu me renies presque (même si je savais que ça n’allait pas se passer ainsi !). J’avais peur que tu voies en moi un fainéant, un raté, un homme qui a tout simplement échoué, alors que tu as toujours su combien j’étais studieux et intelligent. Malgré cette peur au ventre, je t’ai appelé et t’ai raconté la vérité. Je me rappelle avec une clarté digne d’un jour ensoleillé, comment j’ai pleuré et les mots me manquaient pour simplement t’annoncer la nouvelle. Je me rappelle la déception qui envahissait mon cœur et les larmes qui ne cessaient de couler.

Au-delà de ta compassion légendaire, tu as tout de suite compris combien cet échec m’avait anéanti. Étant le parent exemplaire, qui sait mettre son égo de côté, tu m’as consolé et tu t’es plus soucié de mon état d’esprit que de ce qui s’était passé. Tu m’as demandé de me ressaisir, de ne pas m’apitoyer sur mon sort, de garder la tête haute et de prendre le temps d’accepter mon sort. « Ce qui est fait, est fait. Pense à l’avenir mon chéri », tu m’as dit en grec, notre langue de communication, qui est toujours enveloppée d’un amour qui nous unit depuis que je suis né. Tu m’as rappelé combien j’étais capable d’accomplir n’importe quoi car j’étais un jeune homme optimiste, courageux, intelligent et affable. Ces qualités dont tu parlais, viennent de toi.

La même année, en juillet, je suis rentré au Burundi et on a eu une discussion plus élaborée sur le sujet et j’ai encore une fois pleuré, car la déception que je ressentais, ne m’avait jamais quitté. Tu as souris et tu m’as donné un câlin, après celui de maman, car elle aime donner les câlins en premier ! Ton encouragement et ton amour inconditionnel depuis la nuit des temps, ont fait de moi, l’homme résilient et infatigable que je suis.

Tu sais, papa, je peux le dire sans hésiter, que je suis extrêmement fier de toi. Oui, un fils peut dire une telle chose à son père, et le dire avec une joie infinie. Depuis que je suis gamin, tu ne m’as jamais dénigré, ni manqué de respect, ni châtié injustement. Bon, il y a eu la gifle occasionnelle bien méritée, mais je m’en contrefiche et toi, tu fais semblant d’oublier les gifles ! Ewe sha papa ! Je t’aime pareil !

Depuis ma naissance, tu me donnais des câlins, des bisous, tu me disais « je t’aime », tu me parlais, tu m’écoutais, tu étais là quand j’étais malade, tu m’as appris à respecter le monde, tu as tout fait pour que chaque été j’aille voir mes grands-parents en Grèce, afin que je garde un lien fort et indélébile avec ma Grèce natale et ma famille. Tu me parles toujours en grec, par amour pour cette langue qui est aussi la tienne depuis des décennies et surtout, parce que, à la maison, on parle grec entre nous. C’est ainsi.

Tu as toujours exigé que mon frère et moi traitions notre mère avec un respect indestructible et un amour infini parce que tu l’aimes à l’infini et tu l’as toujours fait devant nous, afin de nous servir d’exemple. Tu m’as appris à aimer et à respecter les femmes par tes gestes et tes paroles. Quand je te vois marcher avec maman dans la rue, main dans la main, je ne peux qu’admirer votre relation et dire que je suis fier de toi. Je suis fier de l’homme, du mari et du père que tu es.

Que dire de plus ? Je pourrais écrire pendant des heures, et donner des centaines d’exemples et d’anecdotes pour décrire combien tu es un être humain spécial.

Papa, je t’aime du fond du cœur. Te parler, te voir, te serrer dans mes bras, t’embrasser, rigoler à tes côtés, me foutre de ta gueule, t’entendre te foutre de ma gueule, te regarder parler à maman, te voir jouer aux cartes avec maman et passer du temps avec elle, partager un verre avec toi, t’écouter, t’entendre rire à tout rompre, tout cela et j’en passe, sont des moments qui emplissent mon cœur d’allégresse et de fierté.

Je suis fier d’être ton fils. Je suis honoré de t’avoir comme papa, je suis privilégié d’avoir tant appris en t’observant et j’apprends encore, crois-moi. Merci pour tout ce que tu as fait. Merci de te comporter dignement. Merci d’aimer, de respecter et de prendre soin de maman.

Tout simplement merci papa. Que les Dieux te gardent et puisses-tu m’honorer encore avec ta présence, le plus longtemps que possible.

Je t’aime papa. Σ ’αγαπώ μπαμπά. Υγεία να έχεις και ν ‘αγαπιόμαστε για πάντα

Freeman. B

5 thoughts on “AH PAPA…

  1. Solange

    Awww that’s such a cute message for your dad. Also, I love that you speak Greek even to your dad who is Burundian. Such unity and love!

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  2. melira

    Toute première fois que j’écoute et lis un blog post en même temps ! J’adore! Bel hommage à ton Père et bonne fête à tous les papas.

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  3. melira

    Toute première fois que je lis et écoute un blog en même temps!J’adore! Bel hommage à ton Père et bonne fête à tous les Papas.

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