QU’EST-CE QUE TU FAIS ICI ?

Il y a une éternité, je poursuivais un certificat en gestion d’entreprise à HEC Montréal. Vu que je travaillais à temps plein dans une banque 5 jours par semaine, mes cours avaient lieu le soir et le weekend. Les cours de certificats sont pour la grande majorité fréquentés par des gens bien au-delà de la trentaine, parfois même au-delà de la quarantaine. Dans les salles de classe, un nuage de sagesse plane et l’ambiance est généralement intéressante par sa diversité et les discussions qui y ont lieu.

À l’époque, comme ça doit être le cas aujourd’hui, l’un des moyens d’apprentissage prisés, était le travail d’équipe, où 4 à 6 personnes se mettaient ensemble pour accomplir un devoir bien précis, lié au cours en question. Ce genre d’activité est génial si on se retrouve dans la bonne équipe. Inutile de vous décrire l’ambiance morose qui règne quand les membres de l’équipe ne s’entendent pas ou ne s’aiment pas. De toutes les façons, ces travaux sont censés être une représentation de la vie professionnelle vu que l’on ne travaille pas toujours avec des gens qu’on apprécie.

Lors d’un de ces nombreux travaux d’équipe, je me suis retrouvé dans un groupe de 5 individus. Il y avait un Marocain, une Russe, un Canadien de l’ouest, un Roumain et enfin, ma personne, le jeunot de l’équipe, du haut de mes trente ans. Mes camarades du groupe avaient bien entamé la quarantaine et leur parler et les entendre parler était un plaisir. En outre, ils me traitaient comme le cadet du groupe, ce qui était drôle et étrange à mes yeux.

Un beau dimanche pluvieux d’automne, on était tous assis autour d’une table, plongés dans un travail de marketing qui trainait à porter des fruits, à la consternation générale. Nous décidâmes de prendre une pause. C’est à ce moment que j’ai commencé à parler d’Islam avec mon ami Marocain. Par la suite, ma copine de l’époque m’appela et je lui répondis. Nous parlâmes en kirundi, français et anglais, en l’espace de quelques minutes, comme c’est le cas de la plupart des couples Burundais qui vivent au Canada ou à l’étranger.    

Je finis par raccrocher. À ce moment-là, en utilisant ma vision périphérique, je vis que mon camarade Roumain me regardait avec une insistance et une détermination qui éveillèrent ma curiosité. Je me suis retourné, afin de croiser son regard. Je pensais qu’il avait une question. Je ne fus pas déçu.  

« Qu’est-ce que tu fais ici ? », finit-il par lâcher, avec son accent roumain. Cette question semblait lui tarauder l’esprit depuis un bon moment.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? Je ne comprends pas ta question », lui répondis-je, avec une curiosité évidente.

« Pourquoi tu suis ces cours ? »

« Ben, je travaille à la banque, donc un certificat dans le domaine financier ou un bac en finance par cumul, m’aideraient dans mon cheminement professionnel. »

Ma réponse fut mécanique, froide, comme si j’avais passé des années à la répéter. Il n’y avait aucune conviction dans la voix et encore moins dans le langage corporel. C’était évident que je n’étais point excité par mon parcours académique. Mon interlocuteur eut un petit sourire dont je me rappelle aujourd’hui, 8 ans après.  

« Freeman, tu es jeune. Tu sembles être très intelligent, tu es drôle, tu parles plusieurs langues et t’as un cerveau très créatif. La banque, l’industrie de la finance, te mettront dans une boîte et ils tueront ta créativité. Ça se voit que tu es quelqu’un de créatif. Finis ce certificat et ne reviens plus jamais dans ce monde. Tu colles pas dans ce monde. »

Sa réponse me marqua et nous passâmes plus d’une quinzaine de minutes à discuter, car je voulais absolument comprendre son point de vue et la raison pour laquelle il était arrivé à une telle conclusion. Soit dit en passant, à l’époque, je n’écrivais pas du tout. J’avais écrit quelques textes sur un papier et ce fut tout. Personne, même les gens avec qui je parlais tous les jours et en qui j’avais une confiance aveugle, n’était au courant de ce « talent caché » que je possédais. Entre vous et moi, j’étais amoureux de l’écriture mais j’avais une peur bleue de partager mes textes. J’avais, comme tout le monde je me dis, un million de pensées et de sentiments qui planaient dans mon cerveau et mon cœur. Cependant, les écrire et les partager ensuite, n’étaient pas au menu et encore moins une activité que je prévoyais faire, que ce soit dans un futur proche ou lointain.

Une ancienne flamme a fini par me convaincre, après plusieurs discussions qui ont duré une éternité. Elle a insisté que je partage mes écrits et c’est elle qui m’a fortement suggéré d’ouvrir mon blog. Elle avait lu et apprécié mes textes donc son conseil de partager mes textes était d’une logique implacable. Ainsi, sa demande que je publie mes œuvres était justifiée et je ne la remercierais jamais assez de m’avoir poussé à le faire.

Cependant, mon camarade de classe, avec ses cheveux grisonnants, son accent prononcé et drôle, sa personnalité affable et son rire bizarre, n’avait aucun moyen de savoir que ma personnalité s’épanouit loin des lieux dont les normes et processus sont plus rigides qu’une barre d’acier. Je ne le savais pas non plus à l’époque ! Comment a-t-il pu le savoir ou même le deviner ? Comment l’a-t-il décelé ?

Je ne crois pas au destin. Je ne crois pas à la prédisposition, ni à la prémonition. Je crois au hasard. Quand je repense à la réponse de mon coéquipier, plusieurs questions envahissent mon esprit et malheureusement, aucune réponse n’apparait pour satisfaire ma curiosité. Comment pourrais-je expliquer ce que cet homme, qui ne me connaissait pas, a pu cerner ma nature aussi vite ? Comment a-t-il pu voir que je n’aime pas être mis dans une boîte afin d’agir et de penser d’une manière prédisposée ? Comment a-t-il pu savoir tout cela ? Il n’est pas devin que je sache. Je répète : je n’étais pas encore au point où mon écriture était ma passion.

Une chose est sûre : mon ami roumain avait raison. Je n’aime pas les milieux restrictifs. Je n’aime pas le système éducatif tel qu’il est conçu aujourd’hui. Je trouve que le système actuel étouffe la créativité. Nous sommes tous créatifs, à divers degrés. Mais, le système éducatif est devenu habile dans l’assassinat de l’individualité (pas l’individualisme, nuance ! !). L’originalité n’est pas encouragée, je trouve, au grand désarroi de la diversité qui accompagne la créativité. Nous sommes tous créatifs. C’est à nous de préserver cette créativité, cette force vitale qui fait que nous soyons capables de peindre, écrire, dessiner, créer des merveilles mécaniques, de faire de greffes d’organes, etc. Tout passe par la créativité.

Mon camarade de classe m’a posé une question qui m’a déboussolé. Je me dis que c’est cela qui arrive quand on n’est pas dans le bon chemin. Encore une fois, je ne crois pas au destin. Mais je sais que tout être est la somme de ses actions et ses expériences, bonnes et mauvaises. Il a fallu que je traverse tous ces obstacles pour finir là où je suis aujourd’hui. Il a fallu que je vive toutes ces expériences pour finir devant un écran d’ordinateur ou avec un stylo dans la main et une feuille blanche. La somme de tout ce que j’ai vécu m’a mené où je suis en ce moment.

Morale de l’histoire ? Je ne sais pas trop…Vivez votre vie, expérimentez, essayez de nouveaux trucs, poursuivez les choses que vous aimez et ça ira.

Enfin, ce n’est que mon humble avis !

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée. 

Freeman. B

4 thoughts on “QU’EST-CE QUE TU FAIS ICI ?

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