ON PEUT CHANGER.

Il existe en moi, en toute franchise, une âme vengeresse. Elle est sauvage et elle n’offre aucune pitié. Quand j’étais adolescent, cette force qui semblait inépuisable, était difficile à maitriser. Toute insulte envers ma personne était interprétée comme un affront personnel. J’interprétais les insultes comme une manière de me manquer de respect et de me rabaisser avec une préméditation évidente. Mon monde était défini ainsi ; un univers composé d’ennemis potentiels et de quelques amis, qui eux ne me feraient jamais du mal. Mon monde était binaire. Tout était soit noir ou blanc. Il n’existait aucun espace pour le gris, ce mélange de blanc et de noir qui offrait une possible troisième voie. Non…Tout était binaire.

Le temps s’écoula. La vie fit son travail. Et doucement mais sûrement, le gris apparut. Parfois, ce dernier était foncé, donc composé plus de noir que de blanc. Parfois, le contraire apparaissait. Au fil du temps, cet ami qui coule dans un seul sens dont l’importance est toujours sous-estimée ou tout simplement ignorée, j’ai remarqué que ce sont les humains qui sont compliqués. Nous sommes compliqués et nos relations interpersonnelles le sont tout autant.

Petit à petit, mon âme vengeresse, se calma. Sa sauvagerie s’évapora au fil du temps. Cette rage qui habitait mon esprit, se détacha lentement de mon égo. Permettez-moi de dire que l’égo est l’ennemi numéro un de tout être humain. Certes, le monde extérieur peut être cruel mais nos réactions et notre comportement, sont les fameux facteurs dont la responsabilité nous revient entièrement.

La métamorphose de « l’âme vengeresse » à « citoyen responsable et non violent à un seuil minimum » fut graduelle. Personnellement, je ne l’ai même pas remarqué jusqu’au jour où quelqu’un me manqua de respect publiquement. Le vitriol de ses paroles fut tellement chargé que j’en suis resté bouche bée. Le jeune homme en question m’a traité de tous les noms et je n’ai rien fait. Je n’ai rien dit. Je suis resté là, devant lui, bouche fermée (j’ai fini par fermer ma bouche !), les bras croisés, et la pression artérielle basse comme si j’étais étendu sur les plages de Miami, en train de siroter un cocktail de jus, avec le soleil et le son des vagues comme compagnons.

Mon interlocuteur me traita de « fils de pute », « d’enfoiré », « d’idiot » et « d’imbécile ». Pendant qu’il s’éternisait sur l’étendue de mon intellect nettement inférieur au sien, je ne pouvais pas m’empêcher de penser combien ces insultes m’auraient fait perdre la tête une dizaine d’années plus tôt. Le fameux « fils de pute », cette insulte directe à ma mère, cette femme extraordinaire qui est l’alpha et l’oméga dans mon cœur, est l’affront par excellence. Cette foutue insulte fut le signal de départ de quelques guerres verbales très âpres dans le passé et parfois de quelques affrontements physiques contre tout interlocuteur qui avait le malheur d’inclure ma mère dans nos querelles.  

Une fois qu’il avait fini de prononcer ces insultes et avant qu’il n’aille plus loin, mes amis sont intervenus et lui ont demandé de fermer son clapet. Le moment où il se tut, il regarda autour de lui et baissa les yeux, soudainement conscient que tous les regards étaient sur lui. Une fois le silence installé, le jeune homme eut un moment de fatigue. Je me dis qu’il venait de vider son sac et j’avais eu le malheur d’être son sac de frappe afin qu’il puisse évacuer sa rage et ses frustrations. Il baissa ses épaules et il sortit de l’appartement où on s’était rencontrés lors d’une soirée d’hiver pour célébrer l’anniversaire d’un ami.

Je ne l’ai plus revu mais j’aurais aimé lui poser quelques questions. J’aurais aimé qu’il m’explique ce qui s’était passé et d’où émanait ces attaques sauvages envers moi, surtout que je ne l’avais pas provoqué, moi qui aime bien faire chier le monde. Ce jour-là, l’attaque fut inversement proportionnelle à mes propos, même d’après mes amis. Ils m’ont confirmé que je n’avais pas insulté le jeune homme et que je ne l’avais pas contrarié non plus. Pour la première fois de ma vie, je n’étais aucunement responsable d’une attaque dirigée contre moi. J’ai fêté cet événement en privé, dans ma tête, tout seul, comme un grand garçon.

J’aurais aimé remercier le jeune homme pour m’avoir prouvé que nous sommes capables de changer. Je venais de passer du petit garçon impulsif, de l’adolescent à l’insulte facile, du jeune adulte à l’égo facilement froissable à un homme capable d’assister à une attaque personnelle sans broncher. Je me rappelle que le sommeil eut du mal à m’emporter ce soir-là. J’ai commencé un long chemin d’introspection, une quête de ma personne pour mieux comprendre ce qui s’était passé. J’avais mille et une questions.

Étais-je devenu une mauviette ? S’agissait-il d’indifférence ou d’apathie de ma part ? Étais-je devenu faible ou avais-je peur des affrontements ? Avais-je perdu ce feu qui brûlait en moi et qui s’attaquait aux brutes ? Avais-je perdu ma capacité, pour ne pas dire envie, d’attaquer ces barbares qui perpétuent l’injustice et la peur chez les autres ? Est-ce qu’un jour on m’attaquera et je ne dirais rien ? Suis-je devenu trop doux ? Ai-je vieilli au point où rien ne m’atteint ? Suis-je mou ou nonchalant ? Quand est-ce que je dois répondre aux affronts ? Quels sont les affronts qui méritent une réponse ? Comment ferais-je pour trier les affronts ? Réagir à toute insulte est tout simplement et physiquement impossible. Ne jamais répondre est tout aussi impossible. Quel est le juste milieu ? Existe-t-il un juste milieu ? Comme d’habitude, j’ai bien plus de questions que de réponses.

Cette rencontre avec mon « bienfaiteur » fut simultanément bizarre et révélatrice. Mon âme vengeresse s’est considérablement calmée. Le monde n’est plus aussi binaire qu’il l’était quand j’étais jeune. Au fait, j’ai changé, le monde pas tellement. Certains inconnus ont été plus gentils avec moi que certaines personnes que je connais depuis plus de deux décennies. Certains nouveaux amis sont devenus des frères et sœurs. D’anciens amis qui étaient devenus des frères et sœurs sont des inconnus aujourd’hui car nos relations ont évolué et nous ne sommes plus compatibles. Certaines phrases et actions qui étaient des affronts autrefois, ne le sont plus aujourd’hui. Certaines phrases et actions anodines d’antan sont des affronts aujourd’hui. Qui l’eut cru ? On pourrait s’y perdre.

Le monde change et nous évoluons. J’ai pu diminuer mon impulsivité d’une manière importante. J’ai encore du travail à faire pour être moins impulsif. Cependant, je trouve que la capacité d’être offusqué, de voir que sa dignité est bafouée, doivent résister et se battre afin de ne pas disparaitre. Qui serions-nous si on se laisse insulter sans rien faire, afin de ne pas répondre aux affronts ? Afin de rester zen ? Si on se fait malmener par quelqu’un, se taire est la solution la plus sage ? Je ne pense pas. Comment répondre à un affront ? Jusqu’où peut-on aller ? Il y a autant de réponses qu’il y a d’individus.

La violence ne règle rien, à part quand elle est utilisée pour se protéger contre des attaques physiques. Quant aux réponses contre les attaques verbales, psychologiques et mentales, il n’existe aucune réponse qui ferait l’unanimité car les affronts sont interprétés différemment. Une chose est sûre ; si on peut garder son calme au maximum dans des situations chaotiques remplies d’insultes et d’affronts, cela est un trait de caractère que je salue ! La paix est inestimable. La paix intérieure l’est encore plus.

Une autre chose qui est sûre ; je réponds aux affronts et je me retrouve souvent dans des discussions philosophiques avec mes amis qui me disent que j’ai des problèmes liés à la maitrise de ma personne, que j’aime les affrontements, que j’ai l’égo fragile ou que je veux montrer aux autres que je suis en contrôle. Chacun a le droit d’avoir une opinion, que je sache. À la limite, ils ont la gentillesse de me dire ce qu’ils pensent de moi, dans ma face comme on dit au Québec.

On évolue, on change. C’est tout ce que je peux dire.

Enfin, ce n’est que mon humble avis !

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée. 

Freeman. B

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