L’ESPRIT DE L’OPPRIMÉ.

L’oppression, de nos jours, est, statistiquement parlant, devenue de moins en moins violente, d’un point de vue physique. Oui, les conflits, les agressions et autres attaques physiques existent encore et toujours. La violence fait des ravages au quotidien malheureusement. Mais les études, les recherches et les statistiques prouvent qu’on vit dans l’ère la plus sûre et la plus prospère de l’histoire, d’un point de vue macroscopique. Je sais qu’il est facile pour un habitant du Canada de prononcer des propos pareils. Si j’habitais au Yémen, en RCA, au Myanmar, au Guatemala, j’aurais des propos différents.

En ce 21ème siècle, à l’ère de l’hyper connectivité, l’oppression est devenue moins violente et plus psychologique. Encore une fois, je ne parle pas des zones de guerre, où la violence est omniprésente. Je parle des endroits où l’oppression existe, sans toutefois être physique. Il est vrai que le monde est généralement moins violent mais l’oppression n’a pas pour autant disparue. Cette dernière, maligne comme un virus, a effectué une mutation pour s’adapter au monde contemporain. Elle a changé de forme mais pas de fond.

L’essence de l’oppression est la domination et la servitude d’autrui. L’oppression rime avec soumission, domination, joug, asservissement, tyrannie, autoritarisme, répression, violence, etc. Mais le 21ème siècle est différent. Il est plus facile que jamais d’exposer la violence physique grâce à la technologie. Ainsi, la subtilité est requise pour faire durer l’oppression.

Il existe plusieurs formes d’oppression : le harcèlement (sexuel ou psychologique), l’insécurité, le sexisme, l’homophobie, les salaires bas, les conditions de travail quasi-inhumaines (pensez aux enfants qui travaillent dans les mines au Congo pour extraire des matières premières afin qu’on puisse avoir des smartphones à bas prix), le manque d’entraide sociale et de solidarité, les coupures dans les services essentiels qui sont plus évidentes que jamais avec le coronavirus, etc. Tout cela, c’est de l’oppression, pure et simple. Elle est multiforme, elle se déguise afin de passer inaperçue mais elle est là, omniprésente et ses déguisements laissent à désirer !

Quand il y a oppression, c’est toujours l’opprimé qui paie le prix. L’oppresseur, quant à lui, il est rarement inquiété, à moins qu’il y ait une révolution ! L’oppresseur est par définition, en position de force et il recueille les fruits de sa domination avec sérénité. L’oppresseur se la coule douce, comme un vacancier sur une plage dans les îles Fidji, pendant que les opprimés triment dur pour lui offrir ce train de vie paisible et sans soucis.

D’autant plus que l’oppression ne tombe pas du ciel ; elle est activement établie. On ne dirait pas mais c’est le cas. Afin que l’oppression puisse s’établir, fonctionner, fleurir et régner sur le long terme, l’opprimé est mis dans une position physique mais avant tout et surtout, psychologique qui le pousse à croire que sa condition est inévitable. Une question se pose…Existe-t-il quelque chose de plus terrifiant, de plus démoralisateur, de plus sournois, de plus inhumain, quand on y pense ? Je dirais que non. L’esprit de l’opprimé est la première victime de toute oppression. L’esprit de l’opprimé est la victime la plus durable.

Il ne faudrait pas oublier une chose cruciale : il existe des tas de justifications qui expliquent cet état « naturel » des choses malgré qu’il n’existe rien de naturel dans l’oppression. Enfin, l’histoire de l’humanité est remplie de systèmes oppressifs, mais faut-il pour autant dire que l’oppression est naturelle ? « Dans la nature innée des hommes se trouve le penchant vers la tyrannie et l’oppression mutuelle », disait le philosophe et écrivain Andalou Ibn Khaldoun.

Malgré cela, l’oppresseur nous dira que « ainsi va la vie », que c’est le statu quo, que c’est simplement l’ordre naturel des choses. Des formules bien écrites expliqueront savamment la situation et ces idées se répandront comme la peste. On nous expliquera qu’il existe des forts et des faibles, qu’il existe ceux qui sont supérieurs et ceux qui sont inférieurs, qu’il existe ceux qui ont une prédisposition innée à régner et les autres doivent être des sujets (d’où ma haine viscérale des monarchies et des pouvoirs absolus !), que certaines races sont meilleures que d’autres (ce qui est une sottise incroyable enveloppée d’un narcissisme plus profond que l’océan pacifique, mais bon !), que certaines cultures sont naturellement inférieures, etc.

Le pire est que l’opprimé, et ce n’est point sa faute, finit par croire dur comme fer que sa condition d’infériorité, d’oppression et d’injustice est normale, voire naturelle. L’opprimé croit que sa réalité est (presque) impossible à changer. La colonisation, l’esclavage, les conquêtes dans le monde entier sont des exemples parfaits d’oppression. Au-delà des atrocités physiques, matérielles et économiques, ces actions furent des oppressions surtout mentales et psychologiques. Les séquelles de ces dernières sont ressenties encore aujourd’hui par les descendants d’anciens esclaves, d’anciens colonisés et tous les peuples conquis. Si vous croyez que le sous-développement de l’Afrique n’est pas lié de près avec l’esprit de l’opprimé…

Une fois que l’oppression est bien ancrée dans le mental et le quotidien des opprimés, ces derniers ne réfléchissent plus, car la normalité ne pousse à aucune réflexion. L’opprimé semble ne plus être conscient du pétrin, dans lequel il se trouve. Il est là, hagard, vidé de son pouvoir de décision et il se retrouve à être reconnaissant envers son oppresseur. Il remercie ce dernier de lui permettre d’exister, de respirer, de vivre dans des conditions inhumaines et injustes. L’esprit de l’opprimé est toujours la première victime.

Lors des prises d’otages, ces derniers, une fois libérés, sont emplis d’un sentiment de reconnaissance envers les kidnappeurs. Ils leur sont reconnaissants de les avoir laissés vivre. Je me dis que c’est le traumatisme psychologique qui fait oublier aux otages que leur situation traumatisante est la faute de ces kidnappeurs, qui sont toujours des violents psychopathes. Ces derniers sont les seuls responsables du calvaire qu’ont vécu les otages. Une belle leçon de psychologie, je dirais (voir le syndrome de Stockholm).

Je ne me moque point des opprimés. Ce n’est pas le but de mon texte. Je vous prie de bien saisir mon propos : je ne dis pas que c’est la faute de la personne opprimée ! On se calme ! Être opprimé(e) n’est point la faute de la victime. Je ne dirais pas à une victime de viol, de vol ou de kidnapping que c’était sa faute ! Et que je sache, ce n’est point la faute des opprimés s’ils vivent dans une situation qu’ils n’ont pas créée. L’oppression est imposée par le plus fort et subie par l’opprimé. Il existe un bourreau et une victime. La situation est binaire.

Le problème avec l’esprit de l’opprimé est que ce dernier est un terreau fertile pour toute idée négative qui confirme le caractère de l’oppression, le sentiment d’infériorité, la servitude et tout autre concept néfaste qui empêcherait tout mouvement ou pensée d’indépendance et de libération. Les idées positives ont du mal à fleurir car elles défient le statu quo. L’esprit de l’opprimé est malheureusement une terre stérile pour les idées d’émancipation et de dignité. Tout changement est difficile à accepter et surtout à appliquer. La terreur qui règne dans le cœur de l’opprimé empêche ce dernier d’agir.

Ce n’est pas une coïncidence si les mouvements de libération et d’émancipation prennent des années, des décennies, voire des siècles avant de réussir, sans parler de ce qui se passe après la libération desdits peuples ou groupes opprimés. Nous n’avons qu’à jeter un petit coup d’œil à notre chère Afrique qui n’arrive pas à offrir les services essentiels de base à ses citoyens, alors qu’elle s’est libérée du joug colonial depuis plus de six décennies. Il est facile de conclure que les anciennes puissances coloniales ont réussi leur domination et leur oppression car les séquelles à long terme sont toujours vivantes.

Avant de changer le statu quo, aussi répressif qu’il soit, il faut changer les mentalités et cela, prend du temps. Je suis conscient combien il est dur de demander à une personne opprimée d’être patiente. Cela relève de l’arrogance pure et simple. Pourtant, les oppresseurs ne vont pas céder tous les privilèges accumulés. Dur de négocier dans des circonstances pareilles, n’est-ce pas ?

L’histoire est écrite par les vainqueurs et leur version élimine carrément tout concept de dignité que possèdent les opprimés. Après tout, dans le contexte colonial, les oppresseurs sont venus pour « civiliser les sauvages ». Une formule magnifique remplie de mépris et de condescendance !

Il est crucial de comprendre quelque chose : se défaire de l’oppression est un travail de longue haleine. C’est un voyage périlleux semé de pièges habilement placés pour décourager toute émancipation. Tout système a un instinct naturel de survivre, et cela s’applique aussi aux systèmes injustes. Aucun peuple ne s’est libéré par la gentillesse et sans qu’il y ait résistance de la puissance occupante. C’est pareil pour les relations interpersonnelles ; une personne qui abuse une autre ne laissera pas cette dernière partir sans qu’il y ait une bataille. Tout système, toute relation possède un instinct naturel de survive. Ainsi, l’oppresseur désire garder la poigne sur l’opprimé.  

Comment guérir l’esprit de l’opprimé ? Je dirais que connaitre sa propre histoire et son passé est la condition sine qua non pour se défaire lentement mais sûrement de l’oppression et pour vaincre les démons du passé. Comprendre qu’il n’existe pas un être supérieur aux autres. Chaque être humain possède le même ADN que le reste de l’humanité. Il faut enseigner et surtout rappeler aux gens que tout être humain, indépendamment de la couleur de sa peau, sa religion, son ethnie, sa nationalité, sa région, son orientation sexuelle, ses pensées politiques, a un droit inaliénable de vivre décemment et avec dignité. Nul n’est inférieur et nul n’est supérieur.

L’esprit de l’opprimé est, malheureusement, malléable, manipulable, facile à secouer. L’opprimé vit avec la peur au ventre, il vit avec un sentiment d’incertitude quant à sa propre destinée. Se défaire de l’oppression et changer les mentalités passent par l’éducation. On se doit d’apprendre aux gens que leur dignité en tant qu’êtres humains est innée, naturelle, inaliénable, et non négociable. Notre ADN commun est la preuve que nous sommes tous issus de la même famille humaine. Je suis idéaliste et optimiste, je sais ! Néanmoins, mon aversion naturelle pour les oppresseurs qui qu’ils soient, est belle et bien vivante.

Une dernière chose, sur laquelle j’insiste ; se battre pour se défaire du joug de l’oppresseur est noble et juste. La manière de se battre l’est tout autant ! Machiavel disait que la « fin justifie les moyens ». Formule facile à brandir quand ce sont les autres qui paient le prix. Se défaire de l’oppresseur pour opprimer les anciens « maîtres » ou afin d’opprimer quelqu’un d’autre, est une défaite morale immonde. Une telle tactique ne donnera que des échecs comme résultats et le cercle vicieux de l’oppression ne sera jamais brisé. Faudrait-il punir ceux qui sont coupables de crimes ? Absolument ! Mais un système d’oppression n’est pas composé de gens coupables au même degré. C’est pour cela que faire la part des choses est crucial. Il faut faire preuve de magnanimité. Le pardon est une preuve d’humanité. Devenir bourreau sous prétexte qu’on a été opprimé est tout simplement pathétique et une excellente manière de répéter les fautes du passé.

L’esprit de l’opprimé n’est pas une situation immuable. On se doit de changer. Et cela prendra du temps.

Enfin, ce n’est que mon humble avis !

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée.  

Freeman. B

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