FÉMINICIDES AU QUÉBEC.

Une amie m’a demandé de parler des féminicides qui sont un vrai fléau pour le Québec. Un mec qui parle de féminicide, ça promet. Enfin que puis-je dire ? Qu’y a-t-il à dire ? Franchement, je ne sais pas trop.

Le terme féminicide est un néologisme même si l’action est aussi vieille que l’humanité. Il est fait du mot « femme » et « cide », issu du latin cædo, cĕcīdī, cæsum, cædĕre, qui veut dire, et la définition est édifiante et claire, « frapper, battre, abattre, tuer, massacrer ». Le mot dit tout. Il n’a pas besoin d’explications et ce mot est terrifiant. Il me donne des sueurs froides. On parle ici du meurtre, intentionnel d’une personne parce qu’elle est une femme. Le meurtre arrive toujours aux mains de son copain, partenaire, mari ou fiancé. On parle ici d’hommes qui tuent des femmes. C’est aussi simple que ça et ce fléau qui pourrit la société, détruit des familles et enlève des vies, est bien vivant, et on dirait qu’il ne disparaitra pas de sitôt.

-5 février : Elisapee Angma, 44 ans, est tuée à Kuujjuaq. Son ex-conjoint, Thomassie Cain, 41 ans, se serait suicidé après le meurtre.

-21 février : Marly Edouard, 32 ans, est abattu d’une balle à la tête à proximité de son domicile, à Laval. Elle avait été victime de violence conjugale quelques semaines plus tôt. L’auteur du meurtre n’a toujours pas été épinglé.

 -23 février : Nancy Roy, 44 ans, est poignardée à mort dans son logement de Saint-Hyacinthe. Son ex-conjoint, Jean-Yves Lajoie, est accusé du meurtre.

-1er mars : Myriam Dallaire, 28 ans, et sa mère Sylvie Bisson, 60 ans, sont tuées à coups de hache à Sainte-Sophie. L’ex-conjoint de Mme Dallaire, Benjamin Soudine, est accusé du double meurtre. 

-19 mars : Nadège Jolicoeur, 40 ans, est poignardée à mort dans le véhicule de taxi de son conjoint, Enock Fenelon. Ce dernier s’enlève ensuite la vie à l’aide de son couteau.

– 20 mars : Rebekah Harry, 29 ans a été victime de voies de fait graves perpétrées par son conjoint, samedi matin, dans un appartement de l’arrondissement de LaSalle, à Montréal. Elle a succombé à ses blessures le lendemain.

Il y a eu 7 féminicides documentés les 6 dernières semaines au Québec.[1] La liste est trop longue à mes yeux. Il y a eu 7 meurtres de trop. Est-ce que tous ces meurtres étaient évitables ? Probablement que oui. Personnellement, je ne sais même pas quoi dire. Je ne peux pas parler d’indignation, de peine, de chagrin, de vengeance, de punition, de pardon, de recommandations, de vigiles, de prières, et j’en passe. Les mots adéquats pour décrire ces meurtres n’existent pas. Aucun écrivain ou journaliste ne saurait trouver les mots pour décrire l’horreur entourant ces 7 cas connus du grand public.

Le Québec semble être un terreau fertile pour les féminicides. Certes, la violence conjugale est un fléau depuis que le monde est monde. Aujourd’hui grâce à l’internet et les réseaux sociaux, on est mieux informés. Maintenant, pourquoi tant d’hommes sont violents envers leurs femmes ? Que se passe-t-il ? Certains blâmeront la pandémie et le confinement ; franchement, cette échappatoire facile, gratuit et rempli de paresse est insultant et dangereux.

Que se passe-t-il putain ? Le conjoint de Rebekah Harry avait des antécédents judiciaires et avait déjà était accusé de voies de fait. Ce n’était pas la première fois qu’il s’attaquait à sa conjointe. Pourquoi est-ce que cette brute était en liberté alors que son casier judiciaire est aussi long que le Saint-Laurent ?

On nous dit sans arrêt que l’on vit dans un état de droit. On nous dit que la police fait de son mieux. Mais vraisemblablement la police ne fait pas assez. Le système judiciaire n’en fait pas assez. Le système carcéral n’en fait pas assez. La société n’en fait pas assez. Les hommes n’en font pas assez. On nous dit tout le temps qu’on vit dans un Québec sûr et on devrait être tous fiers de la paix et la sécurité qui règnent dans la belle province. On jouit de droits inaliénables, ils sont garantis par la charte des droits et libertés de la personne et ils sont renforcés par les autorités. Nous vivons dans une société libre et respectueuse des femmes. Cela est vrai, mais en partie ou en apparence.

Par ailleurs, l’article 2 du premier chapitre de la charte des droits et libertés de la personne stipule et je cite « tout être humain dont la vie est en péril a droit au secours. Toute personne doit porter secours à celui dont la vie est en péril, personnellement ou en obtenant du secours, en lui apportant l’aide physique nécessaire et immédiate, à moins d’un risque pour elle ou pour les tiers ou d’un autre motif raisonnable ». Je pense sérieusement que l’on n’aide pas les femmes comme il se doit. Peut infiniment mieux faire, sérieux !

Dans quel état de droit vivons-nous si on n’arrive pas à protéger les femmes et si on n’arrive pas à condamner ces enfoirés qui se donnent le droit de tuer les femmes comme si ces dernières n’étaient pas des êtres humains ? Dans quel état de droit vivons-nous si plus de la moitié de la population n’est pas en sécurité ? Si la moitié de la population est carrément à la merci de l’autre moitié ? Dans quelle société égalitaire et sécuritaire vivons-nous si on reste les bras croisés et on s’insurge et on crie chaque fois qu’une femme est tuée ? L’indignation collective aide en quoi les victimes une fois que les faits sont accomplis ?

Je n’ai pas de réponses adéquates à ces questions épineuses. Je ne suis expert en rien. Je ne suis qu’un écrivain qui déteste les hommes violents avec force, fracas, véhémence et je voudrais les voir tous disparaitre. C’est un vœu pieux mais mon aversion pour ces bêtes ne fait qu’augmenter avec le temps et avec la liste des féminicides qui s’accumulent.

Le gouvernement du Québec a mandaté des experts et ces derniers ont proposés en décembre dernier 190 recommandations pour améliorer l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale[2]. La mise en place de ces mesures prend du temps et c’est normal. Mais en attendant, toutes ces femmes qui vivent dans des conditions de violence, d’intimidation, de peur, d’abus sexuels et psychologiques et qui veulent de l’aide, ne veulent aucunement entendre parler de la lenteur de notre chère bureaucratie. Oh qu’elles ont raison. Une victime de violence conjugale est une victime de trop. Un agresseur violent qui finira par devenir tueur, est un agresseur et un tueur de trop.

Parfois, on a envie d’éliminer l’état de droit et jeter ces sauvages dans le Saint-Laurent avec un boulet attaché à leurs chevilles. Le monde serait certainement meilleur sans l’existence de ces bêtes, de ces lâches, qui tuent les femmes. Je sais qu’il faut faire une enquête chaque fois qu’il y a un crime. Mais je ne vois pas ce qui expliquerait ou justifierait battre une femme. Je ne vois pas ce qui expliquerait ou justifierait tuer une femme. Je ne comprendrais jamais. Je ne veux pas comprendre. Je veux que les femmes soient en sécurité.

Mesdames, appelez la police à la moindre menace. Je vous prie de quitter la maison familiale. Je sais que je jette la responsabilité sur vous et c’est désolant. Mais je vous prie de fuir au moindre soupçon de menace ou de violence. Appelez la police. Faites tout ce que vous pouvez pour rester en vie. Je suis désolé de jeter la responsabilité sur vous, je suis navré de tout mon cœur.

Quant à nous, les hommes, faisons mieux pour protéger les femmes. Je sais que ça va sonner paternaliste. Je sais que certains vont crier « au secours ! la patriarchie s’empare du débat ». Je m’en fous éperdument, pensez ce que vous voulez, cela n’engage que vous. Pour ma part, je pense avec une conviction sans faille, qu’un des nombreux devoirs de tout homme, est de protéger les femmes qui sont dans sa vie et les femmes qu’il ne connait pas. Protéger ma mère, mes sœurs, mes filles, mes cousines, mes amies, et même des femmes que je ne connais pas est un devoir moral et physique. C’est aussi simple que ça.

Faisons mieux pour les femmes et la société. Faisons mieux pour enfin créer cet espace que l’on dit sûr et sécuritaire pour les femmes. Faisons mieux pour que ce fléau disparaisse.

Je vous aime mesdames. Et courage dans ce combat pour l’égalité et votre propre sécurité. Je suis de tout cœur avec vous et dites-moi comment je pourrais vous aider. J’ai envie de faire partie de la solution. Je ne veux en aucun cas faire partie du problème, de près ou de loin.

Freeman. B


[1] https://www.ledevoir.com/societe/597454/un-septieme-feminicide-en-six-semaines-au-quebec

[2] https://csf.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/Etu_violence_justice_20201007_vweb.pdf

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