UNE LEÇON DE YOHANI.

J’ai un frère fascinant, à plusieurs égards. J’ai déjà parlé de l’individu spécial qu’il est, plusieurs fois. Ce qui est extraordinaire à mes yeux, c’est qu’il continue de me fasciner encore et toujours. Ma mémoire me fait rarement défaut et je me rappelle clairement la plupart des conversations que l’on a déjà eues.

Quand j’étais jeune et fougueux, je ne l’écoutais pas. Après tout, c’est mon grand frère et rares sont les petits frères qui écoutent l’aîné sans broncher quand ce dernier leur donne des conseils ou leur fait la morale. Qui plus est, l’intransigeant gamin que j’étais naguère, avait du mal à écouter la critique, aussi constructive qu’elle fût. Cependant, l’expérience de la vie m’a appris à devenir plus souple, plus calme et plus à l’écoute des gens qui prennent le temps de me donner des conseils. Je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui sans mon frère. Sa contribution à mon amélioration en tant qu’individu, homme et écrivain est indéniable.

Lui et moi, on ne s’entend pas tout le temps mais j’adore la manière dont ses méninges analysent chaque situation dans laquelle il se trouve ou dans n’importe quelle situation loufoque dans laquelle il  se retrouve. Qui plus est, il a toujours une analyse particulière de toute situation qu’on pourrait lui raconter.

Il m’a appris une leçon de taille : écouter. Je sais ! Ça sonne bizarre, pour ne pas dire bête. Cependant, il m’a appris à utiliser ce sens essentiel que j’utilisais à peine. Chaque fois que l’on m’adressait une critique, je la rejetais d’un revers de la main. Et surtout, toute critique venant de mon frère. Je ne voulais recevoir aucune leçon de sa part, aussi salutaire qu’elle soit. C’est ce qui se passe lorsqu’on est arrogant et rempli d’insécurités. On n’écoute pas. On se croit plus malin. On se chauffe. On se braque. On se raidit. On parle fort pour étouffer le son de la raison. J’étais ainsi ; bête, arrogant, impulsif, capricieux, un gamin impétueux malgré mon âge adulte.

Mon frère s’aperçut de ce lourd défaut et il me fit la remarque plusieurs fois. Je l’ignorais sans ménagement. Qui était-il pour me faire la morale ? Il n’était pas parfait ! Pour qui il se prenait cet enfoiré ? Il se croit meilleur que moi ? Qu’il aille se faire foutre !

Oui, j’utilisais ces mots dans ma tête et une fois, après une soirée bien arrosée, il m’a invité à le rejoindre dehors parce qu’il voulait fumer. Il alluma sa cigarette, prit une longue bouffée de fumée, expira et sans me regarder, il me dit gentiment : « Freeman, je vais te dire quelque chose qui me fait mal et qui n’est pas facile à dire. Tu ne m’écoutes pas quand je te parle. Je suis sûr que c’est parce que nous avons eu nos différends dans le passé. Mais tu ne m’écoutes pas. Et je ne veux pas t’humilier ou te dire que tu es bête. Je ne veux que ton bien. Je veux que tu t’améliores en tant qu’homme. Je veux que tu prennes le temps d’écouter quand les gens te parlent. Ça me fait mal quand tu te chauffes. Ça me fait mal quand tu ignores ce que je te dis. Ça me fait mal de te voir commettre les mêmes erreurs tout le temps. Apprends à écouter. Apprends à respecter les gens. Apprends l’humilité car t’as pas toujours raison. Si tu continues comme ça, tu perdras le respect des gens et tu finiras par être seul. Je te le dis franchement ; il m’est difficile de te parler. Et parfois, je te vois commettre une erreur et j’évite de te parler, car toute conversation tourne au conflit. Sache que tout ce que je te dis aujourd’hui, ça vient du fond du cœur. T’es mon petit frère, je t’aime et je veux te voir t’améliorer ».

Je me rappelle son monologue, presque mot pour mot, comme s’il venait de me parler à l’instant même. Je ne peux pas l’oublier. Une fois qu’il a fini sa cigarette, il est parti rejoindre la fête qui se déroulait chez lui. Je suis resté là, seul et pensif. J’ai rejoué son monologue dans ma tête une dizaine de fois, au moins. Je suis rentré une heure plus tard car mon humeur avait changé et une fois que mon esprit est tourmenté, ça se voit à des kilomètres.

Une fois arrivé chez moi, le sommeil ne voulut pas de moi. Je suis resté couché dans mon lit, les yeux grands ouverts, le cœur qui battait fort et la respiration quelque peu saccadée. J’ai rejoué dans ma tête les instances où j’avais mis de côté l’avis de mon frère. Les fois où je l’ai ignoré, les fois où je me suis énervé et je lui ai manqué de respect. Je me suis rappelé combien il était venu vers moi, agitant un drapeau blanc, et désirant simplement me parler, afin de me ramener sur le droit chemin. Il était toujours conciliant, calme, ouvert d’esprit, et patient avec moi.

Je me suis senti misérable. La honte faillit m’étouffer. Un chagrin qui ne pourrait être décrit envahit mon cœur. J’avais les larmes aux yeux et je me suis senti sale, hypocrite et je ne méritais pas l’attention et l’amour de mon frère.

Il avait raison, sur toute la ligne. Je me suis rappelé les conflits que j’ai eus avec d’autres personnes. Je me rappelle combien mon arrogance m’avait aveuglé. J’étais le seul coupable et je devais accepter que j’eusse erré. Surtout, j’avais manqué de respect à mon frère. Je l’avais apostrophé plusieurs fois et il ne s’était jamais vengé. Il n’avait jamais haussé le ton. En outre, il ne m’avait jamais abandonné. Malgré mes conneries et le fait que je le repoussais, il revenait chaque fois que je déconnais. Il était toujours aussi calme, toujours aussi patient, toujours aussi conciliant, toujours aussi gentil, toujours aussi protecteur.

Comme dans les films, le lendemain, et malgré la fatigue qui poignardait mon corps et mon âme, le déclic eut lieu. Il n’existait qu’une seule porte de sortie ; je devais changer ma manière de faire. Je devais changer ma manière d’être. Il était temps d’arrêter les fameuses bêtises et excuses pathétiques qui se sont répandues depuis que la terre est ronde et qui disent « je suis ainsi ! ». Non. Cette excuse ne tiendrait plus. Je me devais de commencer à écouter les autres. Je devais ouvrir les bras et accepter la critique. Je devais mettre les insécurités de côté et écouter les autres. Je devais faire preuve d’humilité. Je devais changer à un niveau cellulaire. J’ai décidé de le faire et je suis encore sur le chemin difficile du changement, ce chemin rempli de trous, de pièges et qui n’a pas de fin. Je commets encore un million d’erreurs et je continuerais à en commettre. Mais au moins j’ai arpenté le chemin du changement.

Une semaine s’écoula sans que mon frère et moi on se parle. Le weekend qui a suivi, je suis allé chez lui. On s’est dit bonjour comme si de rien n’était car il y avait du monde chez lui. À un moment, je lui ai demandé de m’accompagner dehors. Il est venu et il a allumé une cigarette. Je me suis excusé platement en retenant des larmes. Je lui ai demandé de me pardonner mes offenses passées. Je me suis excusé pour mes soubresauts verbaux, mes insultes, mon manque de respect envers lui, mes crises de colère dignes d’un gamin et indignes d’un adulte. Je lui ai demandé pardon pour mon arrogance, mon insolence et mon idiotie, qui ne cachait que mes insécurités.

Grand et magnanime qu’il est, il me pardonna. Je lui ai demandé de continuer à me parler, à me donner des conseils, à me servir de garde-fou s’il faut car nous avons tous besoin de quelqu’un qui veille sur nous. Il n’existe aucune personne qui est totalement autosuffisante. Personne ne vit en autarcie, nous avons besoin des autres pour aller de l’avant. Il hocha de la tête et il dit que me parler n’était pas une partie de plaisir mais jamais il n’arrêterait, même s’il avait envisagé d’arrêter. La fameuse intervention aurait été la dernière si j’avais réagi de la même manière qu’avant. Les dieux de l’Olympe étaient présents et ils ont veillé à ce que je ferme ma gueule et à ce que j’ouvre mes oreilles.

Je lui ai donné un hug, un bisou sur la joue et je l’ai remercié d’être toujours là pour moi. Je lui ai dit que je l’aimais, et il lâcha un petit « moi aussi » presque timidement. Il me conseille encore et j’ose espérer que je fais mieux qu’avant en termes de silence et d’écoute. Enfin, il est le seul juge de mon amélioration mais je suis sûr que j’ai fait des pas de géant dans ce domaine, n’est-ce pas bro ?

Frérot, mon amour pour toi est sans égal. J’admire tellement l’homme que tu es. Le reste de la planète ne connait pas l’étendue de ta personnalité. Ils ne savent pas combien t’es généreux, gentil, patient, et combien tu aimes les tiens, les gens et j’en passe. Ils ne connaissent pas tous les facteurs qui font de toi un grand homme.  

Ben, c’est mieux qu’ils ne sachent pas tout ! Je ne désire aucunement te partager ! Ils vont commencer à te demander des conseils et tu auras moins de temps pour moi, ce qui est inacceptable ! Voilà ! Je te partage pas, c”est quoi ce délire!

Merci pour tout bro.

Je t’aime du fond du cœur !

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée. 

Freeman. B

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