DISTANCIATION COMMUNAUTAIRE.

Il est temps de faire une confession nocturne, même si cette dernière n’a rien à voir avec celles de Vitaa et Diam’s : il existe un détachement qui m’habite et que j’appellerais affectueusement « distanciation communautaire ». Cela ne veut pas dire que je me détache de mes communautés. Non ! On va se calmer un peu. Permettez-moi d’élaborer sur ce sentiment que je qualifierais jalousement de « Freemanesque », sans pousser l’arrogance au zénith. Il n’engage que moi et moi seul, personne d’autre. Vous allez bientôt comprendre pourquoi j’insiste sur cette distinction !

Par où commencer ? Le début ferait bien l’affaire. De naissance, j’appartiens à deux communautés ; grecque et burundaise. Par mon parcours personnel, j’ai ajouté deux communautés de plus : québécoise et canadienne. Donc, quatre communautés dans un même esprit, cœur et corps. Cela pourrait créer une cacophonie qui ferait tituber mon âme, mais ce n’est point le cas ; chaque communauté a sa place bien ancrée dans mon cœur et l’harmonie règne d’une manière suprême en moi.

Ainsi, par ces appartenances bizarres, belles et uniques, dues à la génétique et à mon parcours, je n’ai aucun attachement suprême envers une communauté en particulier. Je ne vais pas comparer mon attachement aux différentes communautés. Il n’existe aucune qui est supérieure à l’autre, et jamais je ne mettrais une à l’écart aux dépens de l’autre. Voilà. Je ne vais jamais applaudir les Grecs et condamner les Burundais ou vice versa ! Je ne vais jamais applaudir le Canada et condamner le Québec ou vice versa. Qui plus est, je déteste les généralisations. Existe-t-il des particularités à tout peuple ? Certainement ! Mais condamner toute une nation, non merci. Je préfère condamner les individus et non toute une nation ! Je préfère condamner les gouvernements et non les peuples. Je préfère condamner les individus et non leur famille, leur clan, leur religion, leur ethnie, leur nationalité, leur classe sociale, leur orientation sexuelle, leur niveau scolaire, etc.

Je parle de cela car ces dernières semaines, au Canada, il y a eu des crimes commis par des jeunes, d’origine burundaise. Ils sont quasiment des gamins, car ils ont tous les deux la vingtaine à peine entamée. Ils sont accusés de meurtre et de voies de faits, des crimes lourds de conséquence, il faut le dire. Les procès n’ont pas encore eu lieu et les condamner, relèverait de la mauvaise foi, pure et simple.

Je ne veux en aucun cas parler d’eux mais plutôt d’un message que j’ai pu lire récemment sur WhatsApp. Le message en question fut écrit très probablement par un homme, qui serait du même âge que les parents de ces jeunes. Je cite une partie de ce message : « ATTENTION à la communauté burundaise du Canada !! Ce jeune impliqué dans le crime de sang (meurtre) est le énième, après les 3 cas Ottawa, et les autres cas cités partout au Canada. Cela nuit à l’image et à la réputation de toute la communauté burundaise du Canada, au regard des statistiques des sujets impliqués directement dans le crime. Si cela est vrai, oui, la responsabilité est individuelle, mais les conséquences sont collectives directement ou indirectement ! Pensons aux conséquences dans l’analyse des dossiers demande d’asile, dans le cadre professionnel, aux prétendants de la carrière politique, etc. Sachons que nos faits et gestes sont interprétées par des observateurs externes, consciemment ou inconsciemment, de façon liée à l’image et la réputation de notre communauté. »

Tout ce texte m’a profondément indisposé et c’est là que mon aversion pour le communautarisme se réveilla. Peut être cela fait trop longtemps que je vis en dehors du Burundi et j’ai perdu certains réflexes sociaux et culturels. Je ne vais pas le cacher. En cas de crise, toute personne a ce repli envers sa communauté et c’est normal. Mais il n’y a aucune crise ici, d’après moi. Je vais y aller point par point pour clarifier ma pensée.

  1. Ce « crime », dont le procès n’a pas encore été entamé, donc on ne sait pas si l’accusé est coupable ou pas, n’entache en rien la communauté burundaise. Un jeune homme, en son âme et conscience, a décidé de commettre un crime. Le fait qu’il soit burundais est un pur accident génétique, ni plus ni moins. Ses actions n’engagent que sa personne. La quasi-certitude que cela entache la réputation de la communauté se trouve dans les pensées de l’auteur de ce texte. Il a droit à son opinion et je le salue de l’avoir exprimé.
  • Les conséquences ne sont aucunement collectives directement ou indirectement. La communauté burundaise au Canada qui se compte par milliers, ne va pas souffrir de crimes qui se comptent sur les doigts d’une main. Je suis désolé, il faut le dire. Parlons de chiffres un peu ! Au recensement de 2016, il y avait à peu près 11,000 Burundais au Canada. Admettons qu’il y ait eu 7 crimes, donc tentatives de meurtres, il s’agit là de 0.06% de la population burundaise au Canada qui a commis un crime ! Et il s’agit de 0.00002% de la population entière au Canada ! Alors, je vous prie de ne pas exagérer en criant au fléau. Ce sont des cas isolés, ok ? Il ne faudrait pas déclarer l’état d’urgence dans la communauté comme si un Burundais avait lâché un agent biologique de destruction massive comme la variole au vu et au su de tout le monde et tué des millions de gens, ok ? Un mec a déconné de la manière la plus forte et c’est tout !
  • L’analyse des dossiers de demande d’asile n’en souffriront pas du tout. J’ai travaillé au ministère de l’immigration et ce n’est pas comme cela que ça marche. Est-ce que l’auteur parlerait d’un biais inconscient envers les Burundais ? Ces dossiers de demande d’asile ne sont pas traités par les policiers d’Ottawa ou de Gatineau ! Les agents d’immigration ne sont pas au courant des crimes commis par les Burundais sapristi ! Il faut arrêter. Les Italiens sont souvent accusés, à tort bien sûr d’être des mafieux, mais ils trouvent du travail aisément. On me dira ils sont blancs. Ok. Les Nigérians sont accusés d’être tous des escrocs, injustement bien sûr et ils obtiennent du travail. Ce qui s’est passé ne causera aucun problème au niveau de l’immigration ! Quant à la carrière politique, il ne faut pas non plus exagérer ! Il faut arrêter de vouloir mettre tout sur le dos de quelques cas criminels isolés !  L’ancien ministre fédéral de l’immigration était d’origine somalienne alors que les Somaliens ont une réputation d’antécédents judiciaires! Et les Somaliens sont 6 fois plus nombreux que les Burundais!

Je n’aime guère ce réflexe de mettre tous les Burundais dans le même sac ! Ce que fait un Burundais ne me concerne pas. Ses actions, paroles, faits et gestes n’engagent que lui ou elle. Les mauvaises actions entreprises par d’autres burundais ou burundaises n’engagent qu’eux et elles. Ça n’entache aucunement qui que ce soit ! Il faut arrêter de parler comme si le monde nous observait. On est au Canada ! Le monde ne nous observe pas ou du moins, il ne nous observe surtout pas avec la détermination que certains s’imaginent ! Il faut se calmer, ok ? La quasi-totalité des Canadiens n’ont jamais entendu parler du Burundi !

Toute personne qui commet un crime, aussi ignoble qu’il soit, n’entache aucunement sa communauté. Cependant, je me dis que la manière de penser de mes compatriotes burundais, leur dicte qu’un crime commis par un individu nuit à la réputation des parents, des frères et sœurs, de la famille, du quartier, du clan, de l’ethnie, de la religion, de la classe sociale, de la nation, du continent et de la galaxie probablement. Personnellement, cette manière burundaise et très humaine je dirais, de penser n’a aucune valeur et n’a aucune raison d’exister.

Je ne ressens aucune honte, attachement, responsabilité envers les crimes commis par mes compatriotes burundais, grecs, québécois, canadiens. Les crimes commis par des individus n’engagent que ces personnes-là, voilà ! Personnellement, je ne m’en soucie guère. Je n’en ai rien à cirer. Ces individus ont commis des crimes, en leur âme et conscience. Ils vont devoir répondre de leurs actes devant un tribunal, car le Canada est, et on remercie tous les dieux, un état de droit. Leurs gestes n’engagent qu’eux, et surtout pas leurs familles. Un individu peut recevoir la meilleure éducation qui soit, grandir dans le meilleur des environnements et finalement choisir, mais surtout arpenter le mauvais chemin. Cela n’engage que ces personnes accusées. Je ne suis pas parent mais je peux quelque part imaginer le désarroi, le chagrin et la honte que tout parent ressentirait si sa progéniture commettait un crime. Mais de là, à ce qu’une personne qui n’a très probablement, aucun lien avec l’accusé, ressente une honte ou une responsabilité, sous le « prétexte » qu’ils soient de la même nation, il y a un pas de géant que cette personne s’est empressée de franchir avec une aisance déconcertante.

Par ailleurs, je ne ressens aucune fierté quand un des mes compatriotes accompli quelque chose de bien. Je suis infiniment content mais seulement pour cette personne et ses accomplissements. Ces derniers n’ont rien à voir avec moi. J’applaudirais toujours les accomplissements des gens mais c’est tout. Être Burundais et accomplir quelque chose de grand sont deux actions qui sont indépendantes l’une de l’autre. Bravo et continue, mais dire que « c’est mon/ma compatriote ! Yuuupi ! », non quand même. Gloire à toi ô noble personne qui a accompli quelque chose mais je ne suis aucunement attaché à ta réussite que je sache ! Si j’y suis pour quelque chose, je vais célébrer avec verve, force, fracas et véhémence en ta compagnie, mais sinon, je vais simplement applaudir sans tenter de m’approprier tes accomplissements !

Peut-être, dans notre culture, il manque encore le principe, chers aux Républicains des États-Unis, qu’est la « responsabilité personnelle ». Une personne est responsable de ses actes, et non sa famille, son clan, sa religion, sa classe sociale, sa nation, son ethnie. T’as déconné ? T’as commis un crime ? Devine un peu qui ira en prison si t’es condamné ? TOI ET TA GUEULE DUCON ! PAS TA FAMILLE IMBÉCILE !

Je connais des Burundais, des Grecs, des Québécois, des Canadiens d’une méchanceté inouïe, des gens dont l’âme est aussi sombre qu’un trou noir, dont l’absence d’humanité est évidente. Et je connais des Burundais, des Grecs, des Québécois, des Canadiens dont le cœur et l’empathie sont infinis. Ils sont d’ailleurs plus nombreux que ceux qui ne font que répandre la haine, la zizanie et la destruction, et je remercie les Dieux !

Je n’ai qu’amour et attachement envers mes communautés. Cependant, cela ne veut pas dire que je ne vais pas les critiquer ou ramener à l’ordre mes compatriotes qui vont errer. L’amour amène ce devoir de critique. Sinon, où ira-t-on ?

Ma distanciation communautaire n’engage que moi, ok ? Il ne faudrait pas commencer à aller chercher les gens qui me connaissent pour leur demander telle ou telle chose. Je suis là. Je parle en mon nom, Freeman. Je vous prie de ne point emmerder ceux qui me connaissent ou ma famille. Ils ne sont jamais au courant de ce que je vais écrire d’ailleurs et ils ne sont aucunement responsables de mes pensées, faits et gestes ! Si vous avez des questions, n’hésitez pas à me faire signe.

Enfin, ce n’est que MON humble avis.

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée. 

Freeman. B

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