Pauline… short story.

Pauline était assise seule, en train de siroter son thé matinal. Son regard ne faisait que flâner. Les branches des arbres étaient dénudées de leurs feuilles. L’herbe avait perdu sa vivacité. Elle sourit. La douce température avait dépassé amplement le point d’ébullition de l’eau et le soleil s’imposait telle une légion romaine dans la Gaule antique. Le printemps était là. Il faisait son entrée, timidement, à pas rangés et balbutiants.

Elle ferma ses yeux. Elle leva sa tête pour faire face au dieu soleil et laissa échapper un long soupir. La sérénité dans laquelle Pauline baignait ne saurait durer. La paix actuelle serait remplacée bientôt par la pagaille. Les mois à venir seraient les mois les plus durs de sa vie. Elle savait pertinemment que la solitude deviendrait son compagnon le plus fidèle.

Instinctivement, elle mit sa main droite sur son bas ventre. Ce dernier commençait à prendre du volume. Sa grossesse était discrète mais depuis quelques jours, la discrétion n’était qu’un lointain souvenir. Malgré l’anxiété et la peur qui lui rongeait le cœur, Pauline eut un petit sourire qui illumina son petit visage joufflu qui n’avait rien perdu de sa splendeur malgré le stress et les kilos de plus. Les nuits blanches avaient commencé le jour où le test de grossesse fut positif. Les nuits blanches n’avaient pas disparu depuis et probablement qu’elles n’iraient nulle part.

Son téléphone vibra. Elle le sortit de sa poche et elle vit « Maman » sur l’écran. Elle tentait un appel vidéo sur son iPhone mais Pauline n’avait aucune envie de parler à sa mère. Après trois vibrations, le téléphone se tut.

« Je ne peux pas lui parler. Je n’ai pas envie de répondre à ses questions, les mêmes foutues questions qui ne cessent de revenir ! », dit-elle à haute voix.

Son téléphone vibra encore. Cette fois-ci, il y avait marqué « Chéri » à l’écran. Il tentait un appel vidéo comme d’habitude. Pauline décida de ne pas répondre. Elle n’avait aucune envie de parler à son copain non plus. Elle était assise dehors, dans les escaliers, avec une tasse de thé entre ses mains, des pantalons de survêtement noirs, un gros pull orange, une écharpe paisse colorée et des lunettes de soleil. Elle était sereine. Tout appel ou toute conversation ne feraient que perturber son havre de paix dans lequel elle baignait.

« Je dois lui parler. Il faut qu’il sache », dit-elle à haute voix, oubliant qu’elle était seule.

Elle ne faisait répéter ce que Lupita, sa meilleure amie, lui avait dit la veille.

« Il faut absolument que tu lui parles. Il faut qu’il sache », avait lâché Lupita, visiblement exaspérée par les tergiversations de Pauline.

« Ça servirait à quoi ? », répondit Pauline, avec un manque de conviction évident. Lupita capta directement le manque d’assurance dans la voix de Pauline et elle laissa tomber un ricanement.

« Arrêtes de faire ça ! Tu sais combien ça m’énerve ! »

Lupita se leva et vint s’asseoir devant Pauline. Une fois assise, elle écarta ses jambes et tira sur la chaise de Pauline. Leurs visages étaient séparés de trente centimètres et Lupita put percevoir le malaise de Pauline. Cette dernière n’aimait guère les conflits et encore moins les confrontations.

« Alors, c’est quoi ton plan ? », demanda avec une gentillesse extrême Lupita.

« Je ne comprends pas ta question », répondit timidement et avec appréhension Pauline.

« Tu sais ma chérie, j’ai juré d’être patiente avec toi. J’ai même préparé mon cerveau dans l’éventualité où tu choisirais de me prendre pour une conne. Et je suis là, prête à me battre contre toi, jusqu’au bout. Je me dis que tu as décidé de garder le bébé ? »

« Bien sûr ! C’est quoi cette question ? »

« Ben, t’as pas gardé le premier donc… »

« J’étais sûre que tu allais ramener cette histoire qui date d’une autre vie. J’étais jeune, stupide, perdue, loin du papa et j’ai eu peur. Je n’étais pas prête et tu le sais ! Tu étais là, à mes côtés ! À quoi tu joues là ? Tu essaies de me culpabiliser, c’est ça ? », répondit Pauline tout en essuyant une larme qui coulait de son œil droit.

« Non ma chérie, je ne veux aucunement te culpabiliser. Je voulais simplement savoir quelle sera ta décision cette fois-ci ».

« À ton avis ? »

« Ben, t’as déjà répondu… ».

« Tu m’énerves, tu sais ! »

« Oui, je le sais ».

Un moment de silence suivit.

« Tu vas devenir maman… », finit par lâcher Lupita. Son ton était joyeux et anxieux.

« Oui. Je vais devenir maman. Je veux devenir maman », répondit Pauline avec un petit sourire.

« Ok. Malgré les circonstances ? »

« Quelles circonstances ? »

Lupita lâcha un long soupir.

« T’es sérieuse là ? »

Pauline baissa ses yeux. Elle essuya les larmes qui coulaient le long de ses joues mais elle continua à regarder le sol, tel un enfant pris en flagrant délit. Lupita ne put s’empêcher de parler.

« Je t’avais dit d’arrêter de coucher avec ce mec… »

Aussitôt que la phrase fut lâchée, Lupita le regretta. Pauline voulut se lever mais Lupita put la retenir sans trop d’effort. Elle avait toujours été la plus forte des deux.

« Lâche-moi », lâcha avec hargne Pauline.

« Non », répondit calmement Lupita.

Pauline n’avait même pas la force de se débattre et elle s’affala sur son petit fauteuil.

« Il faut que tu lui dises, Pauline ».

« Pourquoi ? »

« Tu penses garder le secret jusque quand ? »

« Je sais pas ! »

« Ton ex et ton copain se ressemblent autant qu’une goutte d’eau ressemble à un grain de sable ! »

La phrase de Lupita plongea Pauline dans un désarroi qui la secoua jusqu’à son dernier atome. Elle eut des frissons, elle sentit une sueur froide dégouliner dans son dos, ses mains commencèrent à trembler et Lupita pouvait entendre les dents de sa meilleure amie claquer. Elle commença à sangloter et un désespoir extrême s’empara d’elle. En un éclair, malgré la force physique de Lupita, Pauline se retrouva par terre en position fœtale, tel un bambin, et les sanglots reprirent de plus belle. Lupita se mit à genoux derrière Pauline et elle la prit dans ses bras. Elles sont restées là, par terre, sans parler. Les sanglots et le silence s’alternaient machinalement, avec une discipline digne d’une chaine de montage d’une entreprise des années 1930. La nuit fut longue et épuisante.

Les souvenirs de la veille amenèrent une mauvaise humeur et Pauline ne voulait en aucun cas repenser à cette soirée fatigante. Elle décida de poser sa tasse de thé sur l’escalier afin d’essuyer les larmes qui coulaient le long de ses joues. La belle journée était finie. La réalité venait de reprendre le dessus. Pauline savait ce qu’elle devait faire mais entre les pensées et les actes, il n’y a qu’un pas de géant. Elle entendit la porte s’ouvrir et se refermer. Lupita vint s’asseoir à côté d’elle. Le silence redevint le seul son ambiant, interrompu de temps à autre par le petit vent frais matinal.

« Alors, que vas-tu faire ? », demanda soudainement Lupita, après avoir eu un long soupir.

« Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas », répondit Pauline, avec amertume.

« Tu veux en parler ? »

Silence.

« Ok »

Cette réponse uni-syllabique surprit Lupita. Elle ne put s’empêcher de se retourner et regarder sa meilleure amie. Elle semblait paisible mais une appréhension semblait habiter son âme.

« Tu vas le dire à Michel ? », demanda Lupita.

Michel était le copain de Pauline. Cela faisait 1 an qu’ils étaient ensemble. Leur relation marchait à merveille. Leur connexion, leur complicité, étaient vraies, et impossibles à rater. Ils s’aimaient comme des adolescents, avaient les mêmes hobbies, et ils adoraient passer du temps ensemble. Lupita n’arrêtait pas de dire à sa meilleure amie qu’elle avait gagné la loterie. Michel était un bon gars, patient, responsable et attentionné. Financièrement, le gars travaillait pour un organisme international et son compte bancaire était amplement garni. Pauline n’avait jamais été matérialiste mais la sécurité financière n’était pas un détail à négliger vu qu’elle ne travaillait pas et qu’elle semblait avoir du mal à garder un emploi plus d’une année. Cette instabilité financière et professionnelle pesait lourdement sur les épaules frêles de Pauline.  Parallèlement, le copain de Lupita, Éric, était un peintre. L’insécurité financière était la seule ombre qui suivait Éric, même dans la pénombre.

« Comment le dire à Michel ? », demanda Pauline en se tournant vers Lupita qui était assise à sa droite.

« Franchement, je ne sais pas ma belle. J’ai aucune idée », répondit Lupita, tout en regardant devant elle, dans le vide.

« Comment vais-je dire à mon copain qu’il n’est pas le père de mon enfant ? », reprit Pauline.

« T’es sûre qu’il n’est pas le père ? »

Pauline tourna sa tête pour regarder Lupita avec un regard désapprobateur. Les deux savaient très bien qui était le père de l’enfant. Le silence tomba encore tel un couperet.

« C’est qui le père alors ? »

Les deux amies sursautèrent. La maman de Pauline était debout, à quelques mètres des escaliers, les bras croisés et le regard sévère. La main de Pauline saisit celle de Lupita et Pauline ne put s’empêcher de serrer fort. La peur venait de transpercer son cœur. Elle avait toujours eu peur de sa mère, et maintenant plus que jamais, malgré la trentaine bien entamée. Pauline n’aimait guère la confrontation et sa mère était spécialiste du « rentre dedans » comme disait son père.

« Qu’est-ce que tu fais là, maman ? »

« Je suis venue voir ma fille, la même fille qui ignore mes appels depuis deux jours ».

« J’allais te rappeler maman. Je viens de me réveiller et je buvais mon thé. J’allais te rappeler dans quelques heures. »

« Permets-moi de douter de ton intention ma chérie. Maintenant que tu viens de dire tout haut que Michel n’est pas le père de ton futur enfant, je sais pertinemment que tu n’allais pas me rappeler ».

« Bonjour la confiance ! », répondit Pauline avec un sarcasme évident. Sa mère ignora complètement la réponse, surtout qu’elle n’était point fan des répliques sarcastiques.

« Que Dieu est grand ! Hallelujah pour le timing du Tout-Puissant ! Je suis arrivée au bon moment on dirait. Continuez votre conversation les filles, faites comme si je n’étais pas là. Peut-être que vous allez sortir d’autres vérités intéressantes ».

« Comment t’as fait pour arriver ici ? »

« Ton frère m’a déposé. Le même frère qui est aussi ton confident. Ne t’inquiète pas ma chérie, il ne t ‘a pas vendu. Je n’ai fait que lui poser des questions pendant qu’il conduisait et la gêne incroyable qui le tourmentait m’a confirmé certaines choses ».

Lupita se leva.

« Mme Isabelle, je vais vous laisser parler à votre fille en toute tranquillité »

« Assieds-toi Lupita », répondit sèchement Isabelle. Lupita se rassit, timidement.  « Ma fille te dit tout depuis plus d’une quinzaine d’années et la loyauté qui règne entre vous est indestructible », continua Isabelle.

« N’empêche, je me sens… », tenta de répondre Lupita.

« LUPITA ! »

Le ton fut sec et terrifiant. Isabelle avait une gentillesse hors normes mais elle détestait qu’on la contredise, surtout en temps de crise. Lupita se rappela un incident, où Isabelle avait accosté avec hargne un ancien copain de Pauline. Elle l’avait fait lors d’une fête où Ben, l’ancien copain dont l’idiotie n’avait d’égal que sa brutalité, s’était invité lui-même dans l’espoir de parler à Pauline. Ils venaient de rompre mais par son comportement, il était facile de déduire que pour Ben, la relation n’avait pas du tout atteint le point de non-retour.

Les rumeurs qu’il était violent avec elle circulaient depuis longtemps mais personne n’osait soulever le sujet ou même confronter Ben. C’est à ce moment que Isabelle prit les choses en main. Elle était grande, imposante, massive, avec des bras forts et un caractère trempé dans la nitroglycérine. Elle saisit Ben par le bras et l’emmena dans un coin. Personne ne put entendre ce qu’Isabelle lui avait dit mais Ben disparut à jamais. On ne joue pas avec Isabelle et encore moins avec ses filles.

Isabelle prit une chaise du patio et elle s’installa devant les escaliers. Elle donna son sac à Lupita et elle s’assit devant les deux jeunes filles. Elle croisa ses jambes et éteignit son téléphone.

« Lupita, tu es ma fille aussi, ne l’oublie pas. Ton instinct est de protéger ma petite Pauline et je te remercie pour toutes ces années d’amitié. Mais…aujourd’hui, Pauline devra se défendre toute seule, comme une grande fille qu’elle est. Bientôt, elle sera maman. Elle devra se défendre et surtout défendre son enfant. »

Isabelle eut un petit sourire sincère. Elle était excitée à l’idée de devenir grand-mère pour la troisième fois. Joelle, son aînée lui avait offert deux petits garçons mignons comme tout. Elle regarda Pauline avec amour et inquiétude. Pauline ne put s’empêcher de mettre ses mains sur son ventre, un geste quelque peu défensif.

« Comment tu te sens, ma petite popo ? », demanda Isabelle en utilisant le surnom qu’elle avait donné à sa fille, il y a de cela une trentaine d’années, un surnom que la concernée détestait avec véhémence.

« Excuse-moi ! Tu t’intéresses à mon bien-être, maintenant ? »

« Tu vas devenir maman bientôt et tu comprendras qu’une mère se soucie toujours, sans faillir, du bien-être de tous ses enfants, 24h/24, 7 jours sur 7. Ça répond à ta question ? »

Pauline baissa les yeux et hocha de la tête.

« Alors, c’est qui le père de mon futur petit enfant ma petite popo ? »

Pauline garda le regard fixé sur les escaliers. Isabelle regarda Lupita droit dans les yeux, dans l’espoir d’avoir une réponse de la part de Lupita, tout en sachant que cette dernière ne trahirait jamais sa meilleure amie.

« Mme Isabelle, je ne vais pas répondre à la place de Pauline ».

« Ta loyauté envers ma fille est admirable. Et je te comprends. T’as pas à t’inquiéter Lupita, ma petite popo baigne dans la culpabilité et elle finira par répondre ».

« T’as une réponse à tout, n’est-ce pas maman ? »

« Non Pauline. Je te connais un peu trop bien et je suis assez vieille pour savoir qu’un secret aussi lourd finira par sortir ».

Isabelle avait raison. Pauline ne cessait d’essuyer les larmes qui coulaient le long de ses joues. Elle prit une bonne bouffée d’oxygène, expira et leva son visage afin de fixer sa mère.

« C’est Alfred le père ».

Lupita le savait déjà et ce fut à son tour de regarder par terre, par peur et par honte. Elle leva ses yeux en revanche une fois qu’elle entendit Isabelle se lever. Cette dernière était abasourdie. Elle s’éloigna de sa fille et fit quelques pas, afin qu’elle puisse digérer l’information.

« Alfred ??? Non, non, non, non… », répéta Isabelle. Elle semblait être dans une transe bizarre et elle répéta le mot « non » au moins une trentaine de fois.

« Oui », répondit simplement Pauline lorsqu’il y eut un moment de silence.

« Pauline, sérieusement, comment as-tu pu f… »

« Maman, s’il te plait. Je n’ai pas besoin d’une leçon en ce moment », lâcha Pauline, en interrompant sa mère. Isabelle détestait avant tout être interrompue mais sa fille avait raison.

Un lourd silence s’installa. Les trois femmes ne savaient pas trop quoi dire. Le silence semblait arranger les choses. Alfred était la pire personne qui pouvait être le géniteur de cet enfant. Isabelle détestait de tout son cœur Alfred, l’ex de Pauline. Il était pire que Ben. Il avait beau être issu d’une bonne famille, avec qui ils étaient proches, Alfred était poli, affable et un professionnel accompli. Cependant, tout cela n’était que la partie visible et polie de l’iceberg. Il était aussi violent, méchant, manipulateur, anxieux, jaloux, autoritaire, bref, un gendre sorti tout droit de l’enfer.

En même temps, Alfred n’était qu’un produit de son environnement chaotique. Il eut une enfance difficile, c’était le moins que l’on puisse dire. Les parents étaient divorcés. Son père, alcoolique notoire, fut un père absent. Sa mère, portait sur ses épaules les malheurs que lui avait infligé son ex-mari et elle développa une dépression qui fit d’elle une mère absente.

Un tel environnement familial avait créé une frustration, une amertume et une colère profonde dans la vie du jeune Alfred. Il avait été assez charmant pour séduire Pauline, ses deux sœurs et le frère de Pauline. Il avait ensuite carrément ensorcelé Isabelle et son mari. Même Isabelle, qui se vantait souvent de pouvoir déceler la nature d’une personne en l’observant quelques fois, n’y vit que du feu. Alfred avait réussi à berner tout le monde.

Cependant, un jour, en se déshabillant et ayant laissé la porte de sa chambre entrouverte, Isabelle aperçut des bleus sur les côtes de Pauline. Après un interrogatoire intensif et sans merci, Pauline avoua qu’Alfred l’avait frappé et que ce n’était pas la première fois. Malgré les conseils de sa mère, où elle insista que Pauline devrait rompre avec cet homme violent et manipulateur, elle est restée avec Alfred pendant trois années de plus. Quand Pauline eut le courage de rompre avec Alfred, Isabelle organisa un diner extravagant avec sa famille pour célébrer la séparation sans toutefois dévoiler le vrai motif du diner. Elle n’avait rien dit à son mari, car ce dernier, ancien militaire et très protecteur de ses filles, aurait probablement tué Alfred et aujourd’hui il serait en prison.

Pour des raisons qu’Isabelle ne comprenait pas, Pauline ne n’arrivait pas à se détacher d’Alfred. Il était toujours dans sa vie, de près ou de loin, mais souvent de près. Il disparaissait quand Pauline était célibataire et il réapparaissait chaque fois que Pauline était en couple. Il savait combien sa présence provoquerait des petites querelles entre Pauline et ses copains. Ainsi, il aimait bien se manifester et Pauline, ne lui avait jamais demandé de la laisser tranquille, elle ne lui avait jamais tenté de prendre ses distances avec lui. Comme quoi, Alfred n’était pas le seul à blâmer. Il insistait pour voir Pauline malgré qu’elle soit en couple et Pauline acceptait. Était-ce par bêtise, par naïveté, par amour, par habitude, par passion ? Toujours est-il qu’elle ne refusait jamais de le voir.

Joelle, la grande sœur de Pauline, avait utilisé le terme « ensorcelée » pour décrire l’état mental et émotionnel de sa sœur et cette dernière piqua une crise de colère. Ce jour-là, Pauline décida de ne plus adresser la parole à Joelle. Cependant, Joelle avait un caractère bien trempé et elle envoya Pauline paitre. Cet incident poussa Pauline encore plus dans les bras d’Alfred alors que Pauline venait d’entamer sa relation avec Michel.

Joelle voyait une lueur d’espoir car Michel était l’opposé d’Alfred et ces deux ne s’aimaient guère. Ils ne se disaient jamais bonjour et ils s’évitaient. Alfred était assez malin et il savait pertinemment que provoquer Michel directement ne donnerait qu’un seul résultat ; il se ferait tabasser. Les lâches ont cette présence d’esprit de toujours provoquer ceux qui sont plus faibles qu’eux.

Bien que la relation entre Pauline et Michel se passait bien et qu’elle fleurissait telle une rose en plein printemps, Pauline n’arrivait pas à chasser Alfred de sa vie. Isabelle priait jour et nuit qu’un jour sa fille puisse voir combien Alfred était nocif et néfaste mais maintenant il était trop tard. Comment pouvait-elle être avec un gars comme Michel et simultanément courir après ce poison qu’était Alfred ?

Isabelle avala son orgueil et décida d’agir en tant que mère avant tout. 

« Ok, Pauline. Que puis-je faire pour t’aider ? », demanda Isabelle, dépitée.

« Je ne sais pas maman », répondit Pauline en s’approchant de sa mère. Isabelle prit sa fille dans ses bras et la serra très fort. Pauline pleura encore et encore. Isabelle fit un signe à Lupita pour qu’elle rejoigne l’embrassade familiale. Elle s’exécuta. Elles restèrent là, toutes les trois, collées ensemble et elles pleurèrent.

« Que c’est beau l’amour ! »

Toutes les trois se retournèrent. Michel était là, debout, souriant et émerveillé par ce moment d’amour. Pauline sentit ses jambes la lâcher et elle faillit perdre connaissance en voyant son copain. Isabelle et Lupita purent la retenir. Michel, grâce à son physique svelte et à sa rapidité féline, put attraper sa copine en même temps que Lupita et Isabelle.

« Elle est fatiguée, je vais l’amener dans ta chambre Lupita, si ça ne te dérange pas ».

« Pas de problème, vas-y Michel ».

Il la prit dans ses bras pendant que Pauline reprenait son souffle.

« Ne t’inquiète pas. Je suis là. »

« Je t’aime mon amour », répondit Pauline tout en plongeant son visage enflé, à cause des sanglots, dans la poitrine de Michel.

« Je sais », répondit-il simplement.

Michel la souleva, et l’emmena à l’intérieur. Isabelle et Lupita restèrent là, main dans la main, debout, déboussolées, et avec une peur bleue qui se lisait sur leurs visages.

« Mon Dieu. Il sait qu’elle est enceinte », finit par dire Isabelle en mettant ses mains sur ses joues.

« Oui, il sait. »

Un long silence s’installa pour la énième fois entre Isabelle et Lupita.

« Est-ce qu’il sait que… »

Isabelle ne put même pas finir cette phrase lourde de sens et de conséquences.

« Michel est très perceptif. Il se peut très bien qu’il sache tout », répondit Lupita avec une tristesse évidente dans sa voix.

« On fait quoi alors ? »

« On attend madame Isabelle. C’est tout ce qu’on peut faire ».

La patience n’était pas une vertu qui faisait partie du répertoire d’Isabelle.

« J’ai peur pour mon bébé, Lupita ».

« Moi aussi, mais elle va devoir assumer ses actes ».

Et le silence retomba de plus belle.  

À SUIVRE

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