LE RECYCLAGE INTERNE.

Les gens ont du mal à se recycler. Ils ont du mal à trouver de nouveaux ports où ils pourraient arrimer le bateau transportant leur âme, leur cœur et leur corps. Peut-être qu’ils pensent que de tels ports n’existent pas ou qu’ils n’en ont pas besoin. Ainsi, certains flânent indéfiniment. Certains sont perdus et ils finissent par être déboussolés. D’autres refusent d’accepter la réalité. Ils croient que la situation est temporaire. Ils croient carrément qu’il s’agit d’un accident mais ils finissent par déchanter. La réalité finit toujours par s’imposer comme le soleil à l’aube. Le recyclage devient nécessaire, impératif avec l’âge. On doit se recycler car on évolue, on change, et parfois on perd de notre superbe. Se recycler devient aussi crucial que respirer.

Je parle de recyclage car je suis tombé sur le fameux adage qui dit « la beauté est éphémère ». La justesse de cette formule est plus profonde que tous les océans combinés. L’adage parle bien évidemment de la beauté physique, cette bénédiction qui peut être la source de malheurs majeurs. La beauté physique est un accident génétique, quoiqu’avec les progrès de la médecine, il est possible de changer quasiment tout son corps. Prière de regarder les reines du plastique et de la silicone, le célèbre clan Kardashian que je n’aime guère sans toutefois le détester.  

La beauté est éphémère, donc. Cela veut dire qu’un jour elle s’évaporera pour finalement disparaitre. On croira qu’elle n’a jamais existé. Ainsi, si une personne se basait sur sa beauté physique pour naviguer dans ce monde tridimensionnel, ladite personne aura une sacrée surprise. Que fera-t-elle une fois que cet atout disparaitra ? Que deviendra cette personne une fois dépossédée de son atout le plus solide ?  

Je me dis qu’elle aura intérêt à avoir d’autres compétences dans sa poche. Qu’elle le veuille ou non, la personne devra se recycler. Elle devra exister autrement, trouver un autre pilier qui définira sa vie. Et si par malheur, la personne a négligé le côté psychologique et intellectuel de la vie, elle risque d’être désagréablement surprise.

Bien que la médecine ait accompli des progrès fantastiques depuis plus d’un demi-siècle, on vieillit toujours au même rythme. Certes, on peut se maintenir, manger mieux, faire plus d’exercice et s’entrainer afin de rester en forme. On peut mener une vie saine mais le temps ne s’arrête guère, il coule toujours et le vieillissement est au rendez-vous. Après le vieillissement, c’est au tour de la mort de toquer à la porte et de venir nous chercher sans préavis.

La mort reste inévitable, injuste souvent, salutaire parfois, et elle est immuable, inamovible. Le problème, ce n’est pas la mort, mais le vieillissement. Ce dernier est difficile à digérer pour la grande majorité de l’humanité. Qui veut vieillir et ne plus être autonome ? Qui veut devenir sénile ? Qui veut perdre sa dignité et vivre dans une maison de retraite en attendant son heure fatidique ? Grâce à la médecine et aux progrès accomplis par tous les paliers de la société, on peut très bien voir les effets du vieillissement de nos jours. Qui plus est, je me dis que le vieillissement est difficile à accepter car à la fin de ce dernier, la mort, cette grande inconnue, nous attend avec ses tentacules ouverts.

Je m’approche de la quarantaine. Je comprends petit à petit ce que c’est le vieillissement. Il y a des trucs que je n’arrive plus à faire physiquement et il y a des trucs que je ne fais plus avec brio! Oui, je suis diminué et c’est normal. Je ne peux pas courir comme je le faisais il y a de cela 20 ans. Je sais pertinemment que si je m’aventure un jour à soulever quelque chose d’assez « massif », mes vertèbres lombaires risquent de me lâcher sans hésitation et je passerais un mauvais quart d’heure ou une mauvaise demi-année ! Physiquement, je commence à sentir le poids du vieillissement et je ne suis même pas vieux. J’ose à peine imaginer ce qui se passera dans 20 ans !

En revanche, mentalement, c’est la joie ! Jamais je n’aurais pu imaginer que vieillir m’apporterait une telle paix, une telle sérénité, et une telle assurance. À force de vivre et d’expérimenter, on finit par mieux se comprendre soi-même et par mieux comprendre le monde. Ainsi, les choses qui n’ont aucune importance se multiplient exponentiellement et on les écarte de notre quotidien.

Malheureusement, il existe des gens qui s’attachent comme des sangsues à leur gloire physique d’antan. Je parle de leur apparence physique et non leur santé physique. Vous me direz que les deux vont de pair et je répondrais que cela n’est pas automatique. Ces personnes, et quelque part je les comprends, veulent s’accrocher à leur beauté physique qui commence à s’évaporer, petit à petit, et inexorablement. Quand on est beau/belle, on reçoit des compliments de partout, on est recherché, adoré, applaudi, envié et tout le monde veut devenir notre meilleur ami et/ou souvent plus. Cette attention permanente, se transforme en volonté de plaire, en désir d’acclamation et d’amour. Donc, on s’attache à l’attention et on finit par la désirer avec ardeur. On devient esclave de cette attention.

Et là, soudainement, un jour maudit, la beauté n’est plus perçue comme avant ou elle n’est plus au rendez-vous. L’attention que l’on reçût autrefois commence à s’effriter. La vie étant ce qu’elle est, une personne plus belle apparaitra. Elle débarquera sans préavis, et elle illuminera la pièce mieux que vous. Tout d’un coup, toute l’attention se dirigera vers le nouvel individu dont la beauté est nettement supérieure à la vôtre. Lentement, inexorablement, on tombe aux oubliettes. On n’est plus la bombe qu’on était. Là, on réalise que le monde dans lequel on était le centre d’attention, n’est plus. On aurait cru que ce monde n’a jamais existé. On était beau/belle et là, même si on est toujours beau/belle, on réalise que l’attention s’est évaporée. L’attention peut finir par disparaitre. Donc, plus rien. Silence total. Parfois, la dépression suit le silence. Et souvent, on doit faire face à la réalité et cette dernière n’est pas toujours douce.

Je vois des gens, certains plus âgés que moi, d’autres plus jeunes, nager à contre-courant, désirant désespérément de forcer le monde à continuer de les percevoir comme jeunes, beaux, robustes, et toujours aussi resplendissants. Cependant, le monde change et évolue. Le monde ne s’arrêtera jamais afin d’apaiser les sentiments et les égos blessés du citoyen lambda, aussi beau/belle qu’il/elle fût. Être prisonnier de ces attributs physiques est dangereux. J’avais dit tantôt que la beauté physique est une bénédiction qui peut être la source de malheurs assez majeurs.

Il faut se recycler. Il faut absolument acquérir d’autres compétences, autres que celles offertes par dame nature. Il est vrai que les maudits réseaux sociaux n’arrangent rien avec ce désir quasi-maladif d’avoir de l’attention, d’être adulé, applaudi et être mis sur un piédestal. Il faut absolument se rappeler que le temps fera son travail avec brio et le changement arrivera, à l’heure. Il faut se rappeler que se recycler est un geste stratégique, un geste dont les retombées apparaitront à long terme.

Je ne tape pas sur les gens beaux, absolument pas. Je parle de ce sujet car une personne qui m’est chère, commence à perdre l’attention que la gent masculine lui accordait les 25 dernières années. Elle a du mal à faire cette transition ô combien nécessaire et cruciale. Elle a passé les deux dernières années à vivre un déni qui fit d’elle une personne aigrie malheureusement. La nouvelle réalité fut dure et tout manque d’attention était considéré comme un affront à ses yeux. Elle avait du mal à accepter que le monde eût changé, qu’il y avait plus belle, plus jeune, plus attirante qu’elle. Je lui avais dit qu’il fallait qu’elle accepte la réalité et on en a parlé plus d’une demi-douzaine de fois. Je suis certain que mon franc-parler ne fut pas bien reçu et une distance s’installa entre nous. On a recommencé à se parler récemment. On reprend le tout, doucement et je fais très attention à ce que je dis afin d’éviter de la vexer, dans la mesure du possible.  

J’ai un autre pote dont les muscles ne sont plus ce qu’ils étaient. Il s’est récemment blessé au dos en essayant de soulever un truc immonde et dont le poids semblait infini ! Lui, au moins, il m’a avoué qu’il fait cela pour rester jeune. Il a 46 ans mais il croit qu’il en a 22. Je lui ai dit d’y aller mollo et je pense que son accident fut une bénédiction !

Je me dis que c’est pénible de devoir se recycler et se redéfinir. Le monde de mon amie est complètement chamboulé et elle doit vivre dans un monde où elle n’a plus de repères. Maintenant, elle doit créer un nouveau monde, ou du moins elle doit changer et s’adapter à la nouvelle réalité. Elle doit composer avec de nouvelles manières de faire, les jugements des gens et elle doit surtout se recadrer afin de ne pas se perdre dans ce nouveau labyrinthe. Quant à mon pote dont le dos est en congé maladie, il a appris sa leçon malgré le déni qui planait au-dessus de sa tête depuis quelques années.

Se recycler n’est pas évident. Courage à tous ceux qui ont entamé ce voyage exigeant et dur. Courage à ceux qui résistent encore au changement. Le temps fait son travail sans exception. Recyclez-vous, vous en serez fiers, je vous le garantis.

Enfin, ce n’est que mon humble avis.

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée. 

Freeman. B

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