UNE AUTRE HISTOIRE À LA BURUNDAISE.

La nuit était tombée depuis quelques heures et on était affalés devant la télé, en train de regarder un programme qui faisait chuter notre quotient intellectuel collectif. On n’avait pas trop le choix. C’était une des rares soirées où l’électricité était présente, alors on en profitait. La télé, ce luxe dans le Burundi des années 1990 et qui continue à l’être encore aujourd’hui, était devenue notre refuge et celui des autres foyers. Malheureusement, et c’est toujours le cas, certains programmes laissent à désirer par leur contenu et leur contribution à la culture des esprits. Les empereurs Romains utilisaient le pain et les jeux pour distraire leurs sujets. Les jeux dans le Colisée et la distribution gratuite de pains faisaient oublier à leurs sujets les guerres, les nombreuses privations, la famine et les autres maux qui asphyxiaient le peuple romain. Un peuple distrait est un peuple docile. La télé a remplacé avec succès le pain et les jeux. De nos jours, nos fameux smartphones ont remplacé la télé et on s’est abruti encore plus, mais bon, je m’égare.

Le volume était tourné à la moitié. On pouvait facilement entendre le silence qui régnait dehors, chaque fois que quelques instants de silence émanaient de la télé. Ce fameux silence était lourd par sa présence et terrifiant par son intensité. Néanmoins, aussi curieux que ça puisse paraitre, le silence nous rassurait. Un silence lourd impliquait un répit, une pause. La guerre battait son plein et une accalmie au niveau des décibels, se traduisait, on l’espérait du moins, par une accalmie dans les esprits des gens. Un silence signifiait que les tueurs, de tous bords, avaient pris une pause. On accueillait le silence avec bonheur.

Tout d’un coup, un cri rempli de douleur et d’horreur déchira le silence. Un cri qui transperce le silence et le cœur. Un cri qu’on entend rarement. Mes amis et moi, déjà habitués à entendre des coups de feu quotidiennement, sursautâmes. On coupa le son de la télé. Le silence s’installa entre nous. Un silence lourd, pesant, effrayant. Au moins, on n’était plus affalés dans les sofas. On était tous assis et droits. On avait tous entendu ce cri rempli de détresse et de douleur.

Soudainement, un deuxième cri retentit, aussi intense que le premier. Puis, un troisième. Un quatrième. La voix était celle d’une femme. Chaque cri était entrecoupé par des cris d’un homme déchainé, dont la voix baignait dans la colère, dans la hargne, dans la haine. Vraisemblablement, Il était le bourreau et elle, sa victime. Il était 21h passées, donc il s’agissait très probablement d’une dispute conjugale.  Nous sortîmes en courant. On était 3 adolescents dans la rue, debout dans la pénombre, en train d’essayer de repérer l’origine des cris.

Que se passait-il ? D’où venaient ces voix ? Quelle maison ? C’était la première fois qu’on entendait des cris pareils sur la rue. Ce fut une triste première mais nos sens ne nous jouaient aucun tour. On est restés là, debout, les sens aux aguets, la haine au ventre, la pression artérielle au zénith. D’où venaient ces voix ? « Il faut aider la femme », dit un pote. « Oui, mais d’où viennent ces cris ? », répondit un autre ami. Le silence s’imposa encore. Ce dernier n’arrangeait rien, car on se disait que la femme devait être morte ou évanouie ou simplement terrifiée. Le silence dans ce cas n’augurait rien de bon. Et surtout, on ne pouvait pas aller toquer sur tous les portails de la rue.

Un cinquième cri. Cette fois-ci, pas d’erreur. C’était la maison à notre droite. On courut et on frappa sauvagement sur le portail. Les cris s’arrêtèrent. Au moins, le mari savait que le voisinage avait entendu les cris de sa femme. On espérait qu’il arrêterait de frapper sa femme. Un monsieur du voisinage appela l’homme par son prénom et cet enfoiré sortit fièrement. Sa chemise était ouverte, il était essoufflé et il transpirait comme un porc. Il s’arrêta et il mit ses mains sur ses hanches avec une nonchalance inouïe et il commença à discuter avec l’autre monsieur, son voisin. Ce dernier voulait savoir ce qui se passait mais cette ordure jura qu’il ne comprenait pas pourquoi on était venu le harceler chez lui. Au bout de quelques instants, un de mes potes s’exclama, « sa femme est enceinte, non ? ». Et là, une panique transperça nos coeurs.

Ce moins que rien, battait sa femme et cette dernière était effectivement enceinte. Un autre pote courut chez lui et on l’entendit dire à sa mère « maman, appelle la police tout de suite ». Mon ami est revenu et il voulait défoncer le portail tellement il était énervé. On voulait tous tabasser cet enfoiré mais ce dernier commença à nous menacer. « Si vous rentrez chez moi, j’ai le droit de me défendre. Vous allez voir ! ». Il était très probablement en possession d’armes à feu et on ne pouvait pas prendre ces menaces à la légère.

Un monsieur du voisinage est venu nous retenir. Il nous dit que l’homme était chez lui, et légalement, on n’avait aucun droit de rentrer chez lui. « Et s’il tue sa femme alors qu’on est à une vingtaine de mètres de là où elle se trouve ? », demanda un ami. Le monsieur se tut car il n’avait aucune réponse adéquate à nous offrir.

Curieusement, et je suis sûr que certaines personnes comprendront ma surprise, la police est venue. Une fois qu’il entendit un policier parler avec un ton autoritaire, il ouvrit le portail, à contre cœur. La police est rentrée et après avoir constaté l’état physique et psychologique de la femme, ils l’ont « embarqué » comme on dit au Burundi. La police le jeta dans la camionnette sans le ménager. La police fit un travail extraordinaire. Un des voisins emmena la femme chez le médecin et je me rappelle la joie de voir ce fumier assis dans le Stout, avec sa chemise ouverte et son visage couvert de honte.

Cependant, je me rappelle les sanglots de leurs enfants qui avaient entendu et vu leur mère se faire battre par un homme déchainé pour une raison inconnue. Je me rappelle leur désarroi, leur honte, leur peine, leur chagrin de voir un parent emmené par la police et l’autre aller à l’hôpital. Je n’arrive pas à imaginer le traumatisme qu’ils ont vécu.

Cet imbécile fut relâché le lendemain. Probablement qu’il a utilisé ses connexions car il était riche et bien connecté. Il était aussi un professionnel accompli, donc respecté par les gens. Je ne sais pas s’il a frappé sa femme après cet épisode. En tout cas, s’il l’a fait, je suis certain qu’il fut discret. Je sais qu’il fit profil bas après l’incident car tout le voisinage était au courant de sa vraie nature. Le traumatisme qu’il a infligé à sa femme et à ses enfants ne saurait être bien défini. Malheureusement, un de ces enfants est une âme perdue, qui trouve refuge dans les substances illicites et cela depuis qu’il est adolescent. Un parent psychopathe transmet ses maux à ses enfants. C’est mathématique et inévitable.

La liste des gens qui ont eu des enfances difficiles à cause de leurs parents est longue malheureusement. On parle ici simplement d’un amas de blessures physiques et surtout psychiques qui n’ont jamais guéries car elles n’ont jamais été adressées. Ces blessures ont été ignorées, enfouies dans le déni le plus total. Ces blessures n’offrent que destruction et tristesse, désordre et chaos, chagrin et douleur. Surtout, cet amas de blessures se transmet de génération en génération. Nos arrières grand-parents, nos grand-parents, nos parents, et nous-mêmes, on vit avec ces blessures. Je pense qu’il est temps qu’on parle de ces blessures qui nous empêchent de vivre sans le poids de nos traumatismes. On connait tous des gens pareils malheureusement.

Il est temps de parler de ces maux et d’arrêter de croire que ce sont des théories des blancs ou des « colons ». Il est grand temps d’arrêter ces conneries et d’ouvrir nos cœurs et nos esprits. Il est temps de parler afin d’essayer de guérir. Il est temps de briser ce cercle vicieux empli de vices justement. Il est grand temps. Les nouvelles générations ont commencé à en parler et j’aimerais saluer leur vulnérabilité et leur désir d’aller de l’avant et de vivre une vie libre de décisions guidées par les traumatismes transmis de génération en génération.

Pour revenir au monsieur, il a fini par divorcer et il s’est même remarié, comme quoi…Je me dis que la seule consolation est que son ex-femme n’a plus à subir ses excès et ses folies. Mais, il est très probable que sa nouvelle compagne soit dans de sales draps. Espérons que l’âge a fait son travail, et que ce fumier est diminué physiquement et mentalement. Enfin, on peut toujours espérer.

Enfin, ce n’est que mon humble avis.

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée. 

Freeman. B

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