QUI EST BURUNDAIS(E) ET QUI NE L’EST PAS ? FACILE !

J’ai eu une conversation avec une jeune dame, dont je tairais le nom à des fins de confidentialité. La jeune dame vit en Europe depuis un moment et elle est burundaise de naissance et européenne d’adoption. Je ne la connais pas et elle ne me connait pas. Pourtant, on a eu une conversation des plus drôles, ouvertes et vraies. Je sentais la sincérité dans sa voix et dans ses idées. Pour l’écrivain que je suis, il n’existe rien de mieux qu’une personne sincère et qui exprime clairement ses idées sans peur d’être jugée. Je salue le courage, l’ouverture d’esprit et l’éloquence de la jeune dame.

Notre conversation prit plusieurs tournures et on a parlé de plusieurs sujets dont le patriotisme, ce que c’est « être burundais » et je le mets entre guillemets exprès car on dirait que c’est plus un concept dans l’imaginaire des gens qu’un fait avéré et coulé dans le béton. Le sujet fut personnel pour moi et pour la jeune dame car ses enfants ont un papa qui n’est pas de nationalité burundaise. Elle m’a raconté une histoire où une personne en position d’autorité au Burundi, lâcha des propos désobligeants que je ne répéterais pas. Disons que cette personne en position d’autorité mais qui n’inspire aucun respect car sa bêtise est plus concrète que la clarté d’un ciel estival ensoleillé, a dit que les enfants de la jeune dame ne sont pas Burundais car nés de père « étranger ». Ce qui m’amène au sujet d’aujourd’hui, sujet très personnel pour moi, car je suis métis et j’ai eu à faire avec des énergumènes pareils pendant mes années au Burundi.

Il existe dans l’imaginaire de certains Burundais, pas tous bien sûr, cette manie d’attribuer la nationalité burundaise comme ils l’entendent, arbitrairement, sans égard aux lois mais aux humeurs de ces « juges d’instruction » ! D’après ces clowns, est Burundais(e) toute personne née de père Burundais, point. Et cette personne a intérêt à ne pas être trop claire de peau, ok ? Elle a intérêt à être foncée car la clarté de sa peau signifie probablement que le gène blanc est « dominant », ce qui scientifiquement n’a aucun sens. Donc, plus on est clair, moins on est Burundais(e). Et si la maman est Burundaise et le père étranger ? Aujourd’hui, la majorité des Burundais dira que la personne est Burundaise. Mais, ce ne fut pas le cas, dans les décennies passées ! La mentalité à ce sujet, n’a changé que dans les années 2000, je dirais même si je n’ai effectué aucun sondage là-dessus. En plus, il existe des cas documentés où les enfants métis furent arrachées à leurs mères burundaises, rwandaises et congolaises et emmenés en Belgique de force. (https://www.youtube.com/watch?v=TaG6onTdRU4)

Alors…Qui est Burundais(e) et qui ne l’est pas ? Je suis sérieux. Je vous pose la question. Je vous prie d’y penser. Une chose est sûre ; rares sont les gens qui connaissent la loi sur la nationalité. Si on est Burundais(e) de père et de mère, pourquoi connaitre cette loi ? On nait et automatiquement, on est Burundais(e). La loi sur la nationalité n’a aucune importance pour 99.9% de la population burundaise. Cependant, cette loi a une importance capitale pour le 0.1% restant.

Donc, quels sont les critères de la « Burundianité » ? Je viens d’inventer un mot, tiens ! Mais, sérieux, quels sont les critères légaux ? Je ne parle pas des théories réelles ou imaginaires qui ont élu domicile dans le cerveau de certains « illuminés » qui ne sauraient trouver la lumière pendant une journée ensoleillée ! Les seuls critères qui comptent, sont les critères légaux parce que les critères basés sur les avis, opinions et sensibilités des gens ont autant de valeur que la monnaie de l’empire ottoman dans la Turquie contemporaine !

Sérieusement, qui est Burundais/Burundaise et qui ne l’est pas ? Je pose cette question existentielle car ma « burundianité » fut remise en question plusieurs fois, simplement dans le mental de certains et jamais sur papier, je vous rassure. Je suis né de père burundais et de mère grecque. La société burundaise, vu qu’elle a toujours agi selon des lois patriarcales, dit que si le père est burundais, l’enfant est automatiquement burundais, donc je suis automatiquement burundais, par vertu de naissance. Ma mère est grecque mais selon toujours ces lois patriarcales non-écrites, elle aurait pu être de Mars, cela importe peu ! Ce qui importe c’est la filiation paternelle ! Voilà. Je suis burundais. Mais si mère avait été burundaise et mon père grec, la situation aurait été extrêmement différente.

Quand je dis que ma « burundianité » fut remise en question, cela eut lieu dans les cœurs et cervelles, de certaines personnes qui avaient leur propre définition de qui pouvait être Burundais(e) et qui ne pouvait pas l’être. On ne parle pas de juriste ou d’un législateur quelconque, mais du citoyen lambda qui s’arrogeait le droit de me juger avec la plus grande condescendance et avec une solide dose d’arrogance. Quand on est petit, entendez ici, enfant, cela fait mal. On veut appartenir à la société dans laquelle on vit et une mise à l’écart, même verbale, fait mal. Mais quand on est adolescent et enfin adulte, on comprend que l’on a à faire avec des idiots ou des gens qui se pensent intelligents et leurs paroles deviennent une source d’amusement.

Que dit la loi ? L’article 12 de la constitution du Burundi, promulguée en 2005, stipule que « les enfants nés des hommes ou des femmes burundais ont les mêmes droits au regard de la loi sur la nationalité ». Parfait. Là, il n’existe aucun doute. Toute personne, dont un parent est burundais, que ce soit le papa ou la maman, est burundaise. Simple, limpide, clair et concis. C’est juste, et il n’exclut aucun enfant. J’adore !

Cependant, si on remonte au 18 juillet 2000, et on se fie à la loi n° 1/013 portant réforme du Code de la nationalité, il est stipulé qu’est burundais de naissance :

  • L’enfant légitime né, même en pays étranger, d’un père ayant la qualité de burundais au jour de la naissance ou, si le père est décédé avant la naissance de l’enfant, au jour du décès ;
  • L’enfant naturel, quelle que soit sa filiation maternelle, qui fait l’objet d’une reconnaissance volontaire, d’une légitimation ou d’une reconnaissance judiciaire établissant sa filiation avec un père burundais ;
  • L’enfant naturel dont la filiation paternelle n’est pas établie et qui fait l’objet d’une reconnaissance volontaire ou judiciaire établissant sa filiation avec une mère burundaise ;
  • L’enfant désavoué par son père, pour autant qu’au moment du désaveu, sa mère possède la nationalité burundaise.

Donc en juillet 2000, pour un enfant né de père étranger et de mère burundaise, l’un des moyens pour que cet enfant obtienne la nationalité burundaise, fut que son père le désavoue…Bonjour l’ambiance ! Il fallait carrément briser un foyer, avec tous les problèmes que cela engendre pour que l’enfant devienne burundais sur papier ! Si le père ne le désavouait pas, chose que j’espère le père se gardera de faire quand même, l’enfant ne pouvait pas avoir la nationalité burundaise. Je ne peux qu’applaudir et féliciter les braves hommes et braves femmes qui ont ajouté cette clause importante dans la constitution.

Pourquoi est-ce que je parle de nationalité ? La raison est simple ; les lois ont un pouvoir psychologique sur les citoyens. Savoir qu’il existe une loi qui nous protège, cela apporte une certaine tranquillité dans nos esprits. Et savoir qu’il existe une loi qui est utilisée pour nous persécuter, cela n’amène que peur, anxiété et un sentiment d’exclusion de la société dans laquelle on vit. Savoir qu’une loi fut promulguée pour offrir la nationalité à des milliers de burundais qui en furent privés toutes leurs vies, est un moment de fierté, de joie et de célébration. Je sais que je célèbre 16 ans plus tard par écrit, mais j’ai toujours salué la promulgation de toute loi qui amène paix, réconfort et justice à ceux qui en ont été privés. Ces burundais exclus par les anciennes lois, étaient exclus même dans la vie de tous les jours d’une manière subtile en général et parfois ouvertement. Imaginez être né au Burundi, d’une mère burundaise et ne pas pouvoir obtenir une pièce d’identité, ne pas pouvoir aller à certaines écoles. Ces exclusions ont des conséquences psychologiques énormes. On finit par sentir qu’on n’appartient à la société dans laquelle on vit, et il n’existe pas un poids psychologique plus lourd que le sentiment d’exclusion. Toute personne désire appartenir quelque part, être membre d’un groupe et voir ce désir humain et inné bafoué fait mal et brise des coeurs. Bon, les lois injustes et immorales ont toujours existé. Au moins, on s’est débarrassé d’une loi injuste.

De surcroit, il y a toujours un enfoiré pour vous dire que vous n’êtes pas burundais, comme s’il était le juge et le distributeur de la nationalité burundaise. J’en ai connu un et son arrogance fut pour le moins, amusante et jamais dangereuse ! Vous savez, les bouffons, sont souvent amusants. Mais si ces clowns obtiennent un quelconque pouvoir politique (voir les USA, les Philippines, l’Italie de Berlusconi, etc.), le cirque perd son humour.

Il est important pour les personnes lésées d’être reconnues par l’état mais surtout par la population. L’état a fait ses rectifications et je les salue avec une joie immense. Bon, il y aura toujours un mec ou deux, comme je l’ai dit tantôt, qui vont toujours trouver des raisons d’enlever la « Burundianité » aux gens. Oui, il y aura toujours des nationalistes, ceux qu’on appellerait en Europe, des partisans de « l’extrême droite », qui sont attachés comme des sangsues à l’héritage du sang, et qui ne vont jamais considérer les gens venant de foyers mixtes, comme étant Burundais. Ils sont la minorité des minorités heureusement. Il y aura toujours des gens qui vont me refuser l’appartenance à mon Burundi parce que ma mère est grecque et blanche. Je me fous pas mal de leurs avis du moment qu’ils ne font pas voter de loi qui priverait des milliers de gens, dont moi, de leur nationalité burundaise. Pour ma part, j’ai deux autres nationalités qui pourraient m’aider à circuler mais le choc émotionnel et psychologique serait énorme. Imaginez une loi qui essaierait de vous priver de votre ADN. Cela fait mal, je vous assure. Il s’agit d’un déracinement forcé, d’une exclusion immonde, d’un apartheid ignoble. C’est pour cela que la loi promulguée en 2005 fut une bouffée d’oxygène pour les Burundais(e)s privés d’une nationalité à laquelle ils avaient droit dès leur naissance, autant que n’importe quel autre burundais.  

Aux Burundais(e) qui vivent à l’étranger et qui ont des enfants, je vous prie d’enseigner à vos enfants qu’ils sont Burundais(e), comme vous, même s’ils risquent de ne jamais être aussi burundais que vous, car vous avez vécu et connu le Burundi, ce qui n’est pas leur cas. Comprenez-moi bien ; il n’y a rien de mal à ça ! C’est simplement la réalité. On s’attache au pays dans lequel on nait mais surtout dans lequel on vit. Il n’y a rien de mal à cela. Je déteste quand les gens essaient de foutre la honte aux jeunes enfants qui ne vivent pas au Burundi comme si c’était leur faute ! Je déteste cette manière de penser archaïque.

Si vous pouvez, obtenez des passeports burundais pour vos enfants dès que vous pouvez. Allez au Burundi et surtout, apprenez le kirundi à vos enfants. On ne s’attend pas à ce que les petits et petites « bivuga amazina canke bace imigani » mais le fait qu’ils apprennent les rudiments du kirundi est hyper important. Quand ils iront au Burundi, ils pourront s’entendre avec leurs grands-parents, oncles, tantes et cousins et ils pourront s’adapter mieux et se sentir chez eux. Ils ont droit à la nationalité alors qu’ils l’obtiennent et qu’ils la gardent.

De toutes les façons, l’article 21 du LOI n° 1/013 portant réforme du Code de la nationalité, stipule que « tout burundais à qui la loi attribue cette qualité à titre originaire, a le droit d’avoir une double nationalité ». Ainsi vos enfants, pourront avoir deux nationalités et ils devraient car ils appartiennent aux deux pays ! Donc, autant qu’ils aiment les deux pays et qu’ils s’y sentent à l’aise ! Une telle situation n’est jamais un poids, je vous assure. Au contraire, c’est toujours une bénédiction et parfois, un avantage.

Qui est Burundais/Burundaise et qui ne l’est pas ? La loi est claire. Qui se sent Burundais(e) et qui ne se sent pas Burundais(e) ? Ah, cela réside dans le cœur de la personne à qui on a posé la question. Et chaque personne a sa propre réponse. Il n’y a pas vraiment de bonne ou de mauvaise réponse. Chaque personne a sa propre histoire, bonne ou mauvaise, avec le Burundi et elle y a droit !

Enfin, ce n’est que mon humble avis.

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée. 

Freeman. B

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