LE POIDS DE LA CULTURE, DE LA TRADITION ET DE LA RELIGION.

Je parlais récemment à une amie à moi et notre conversation prit une tournure que j’ai grandement apprécié. Nous avons parlé de sexe. Oh, le sacrilège ! Je sais…Un homme et une femme, qui n’ont aucune relation de sang, et qui parlent de sexe, ça n’augure rien de saint ou de bon, à part une partie de jambes en l’air.

Au risque de décevoir plus d’un, la conversation ne prit aucune tournure tordue. On a parlé de ce sujet hautement épineux et tabou avec aisance, sans faux fuyants et avec une franchise déconcertante. Je ne peux exprimer en de termes adéquats combien j’ai apprécié sa franchise et son éloquence. En même temps, la jeune dame est à quelques pages d’obtenir son doctorat dans les sciences sociales, donc, sa brillance et sa capacité à communiquer d’une manière limpide et concise, ne peuvent être mises en doute.

Elle m’a parlé de son enfance, de ses origines et de sa relation compliquée et complexe avec le sexe. La jeune demoiselle est originaire d’un pays de l’Afrique de l’Ouest, où l’islam est la religion majoritaire. Plus on parlait, plus je comprenais le poids considérable qu’elle avait sur ses épaules, aucunement fragiles, je vous rassure. Sur notre cher continent, dans la quasi-totalité des sociétés et pays, il existe une sorte de tabou autour du sexe, un tabou créé par la culture, la tradition et la religion, qu’elle soit chrétienne ou musulmane.

Les religions monothéistes ont un effet particulièrement pervers sur nos cœurs quand il s’agit de sexe. Elles ont su diaboliser au fil des siècles, avec une maestria extraordinaire, le sexe et toute activité sexuelle, surtout hors mariage. Ces religions, avec leurs codes que je qualifierais d’archaïques et qui ne veulent aucunement évoluer, punissent sévèrement ceux qui enfreignent ces règles. Cependant, on punit surtout les femmes. On dirait que ces dernières n’ont pas droit au plaisir, à l’exploration sexuelle, à la découverte de leur identité sexuelle, de leurs préférences. La femme doit faire l’amour simplement pour procréer, c’est tout. En revanche, l’homme a le droit, pour ne pas dire le devoir carrément, de faire n’importe quoi avec n’importe qui. Deux poids, deux mesures ? Je dirais plus misogynie et sexisme.

Nous sommes en 2021. La science, particulièrement la biologie, nous apprend que le sexe est simplement un besoin comme tant d’autres, comme manger, avoir un toit, être en sécurité, dormir, respirer (voir la pyramide des besoins de Maslow)[1]. Le sexe a une puissance inouïe sur nos corps et surtout sur notre mental. Je me dis que c’est pour cela que ces messieurs, nés au Moyen Orient il y a de cela plus de 2000 ans pour la plupart, qui ne vivaient pas au-delà de la quarantaine, ont voulu réguler la vie sexuelle et ils l’ont fait avec brio. Et, presque deux mille ans plus tard, on ne fait que suivre les lignes qu’ils ont tracées comme si ces dernières étaient inamovibles, immuables, sacrées, et surtout sujet à aucune critique, quelle qu’elle soit. Nous sommes des moutons, il faut l’avouer.

Mon amie, dont je salue la candeur, m’a parlé ouvertement combien il était difficile pour elle de savourer ses expériences sexuelles. Elle m’a dit, qu’il lui arrive de penser, en plein acte, qu’elle est en train de pécher, de commettre un crime grave, qu’elle était en train de se salir carrément, et le résultat, est qu’elle n’arrive pas à atteindre le nirvana. Son subconscient, ou peut être son conscient, mettent des freins à son plaisir. Elle n’arrive pas à se défaire de tout ce que la société dans laquelle elle a grandi, lui a inculqué comme valeurs et interdits. On parle ici des fameuses phrases telles que « le sexe hors mariage est une abomination », « une fille de bonne famille ne fait pas des choses pareilles », « elle ne doit, en aucun cas, succomber à la débauche », « une femme qui se respecte se doit de contrôler ses pulsions », « ces comportements ça vient de l’occident, ce n’est pas africain », et j’en passe. De telles phrases sont omniprésentes dans sa tête et je suis sûr qu’elle n’est pas la seule femme africaine à être grandement importunée par des phrases pareilles.

Il serait facile de la juger et de la condamner. Il est facile d’ignorer ce problème quand il ne nous concerne pas. Cependant, c’est un problème dont l’impact est énorme. Imaginez un moment que vous ne soyez pas capable de vous perdre dans ces moments d’extase. Imaginez ne pas pouvoir apprécier votre sexualité et tout ce qu’elle a à offrir. Imaginez avoir un frein qui est toujours opérationnel et qui ne lâche jamais. Imaginez la frustration qu’une telle situation peut occasionner. Imaginez la cascade de frustrations que la frustration sexuelle peut créer. Imaginez être dans un état perpétuel de siège mental. Imaginez l’appréhension que de telles pensées peuvent créer avec le temps. Imaginez être prisonnier d’un système de pensée qui n’offre aucun réconfort. Imaginez être dans un état mental et physique qui vous prive d’une partie de vous-même. Imaginez tout cela et encore plus. Si vous êtes un homme, c’est dur. Par contre, si vous êtes une femme, une telle situation est franchement invivable.

Cette omerta, créée par nos ancêtres, que l’on considère comme des autorités morales et presque infaillibles alors qu’ils ne sont que des hommes qui n’ont aucune connaissance supérieure aux nôtres, ne nous aide en rien, franchement. On ne parle pas de sexe. Les femmes n’ont pas le droit de vivre leur sexualité comme elles l’entendent. Je dis cela parce que personne ne m’a jamais donné des directives qui m’empêcheraient de vivre ma sexualité comme je l’entends. Mais je connais des femmes à qui on a dit mille et une choses afin de les dissuader de vivre une vie sexuelle saine et remplie de plaisir.

On ne parle pas de sexe et surtout pas avec nos filles, nos sœurs, nos cousines, etc. Les hommes ont droit au plaisir, mais les femmes non. Ainsi, on est élevés dans un climat où le sexe est une activité dont on ne parle pas. On veut éviter ces sujets tabous et radioactifs. Néanmoins, on sait tous combien la culture, la tradition et la religion sont omniprésentes dans nos cœurs, esprits et corps. On sait tous combien le sexe est tabou alors qu’il s’agit d’un acte biologique, instinctif et naturel. Nos corps, notre ADN furent programmés pour avoir cette curiosité et ces besoins sexuels. Il n’existe pas un être humain, à quelques exceptions près, dues à certains traumatismes physiques et psychologiques, qui ne ressente pas ce besoin crucial et basique qu’est le désir sexuel.

Je trouve fascinant que dans nos sociétés africaines, on évite certains sujets cruciaux dont le sexe. On a peur de quoi exactement ? Perdre notre identité ? Notre culture ? Nos traditions ? Notre religion alors que toutes les religions qui sont prédominantes dans le continent furent importées et imposées par la force ? Comment parler ouvertement de sexe, de ses vertus et de ses défauts, de ses conséquences parfois fâcheuses, changera qui on est ? Comment parler de quoi que ce soit est une menace à notre identité ? Comment aller à la source de quelque chose est une menace identitaire ou existentielle ? Avons-nous oublié que nos sociétés ont changé d’une manière difficile à décrire depuis l’introduction de ces religions monothéistes qui régulent nos vies et nos pensées depuis des siècles ?

Au contraire, je trouve que parler de sexe fera de nous des être meilleurs. Je trouve que parler de sexe est salutaire à plusieurs égards. On créera ainsi des hommes et femmes plus responsables, plus conscients du pouvoir de la sexualité. Et comme corollaire, on parlera du côté sombre de la sexualité ; les violences sexuelles qui restent un fléau dans nos sociétés mais dont on ne parle pas à cause de ce nuage d’interdit qui plane au-dessus de la sexualité. Éviter de parler d’un sujet ne crée que des problèmes, à court, à moyen et à long terme !

Je ne suis pas un sexologue, je suis simplement un écrivain. Je ne peux prétendre avoir plus de connaissance que les experts. Cependant, je connais intimement, comme la plupart d’entre nous, ce que c’est la frustration sexuelle ou l’absence de contact avec un autre être humain. Je n’ose même pas imaginer ce que ressent mon amie. Mais, au moins, et cela m’enchante énormément, mon amie a reconnu, sans aucune aide extérieure, qu’elle a un problème et c’est tout en son honneur. La majorité d’entre nous passe son temps à nier que certains problèmes existent. Elle a fait le premier pas. Je lui ai suggéré de parler à un thérapeute et heureusement, elle a accès à des ressources pareilles. J’espère que bientôt, elle arpentera le chemin de la « guérison », si je puis le dire ainsi, même si elle n’est pas malade. Disons qu’elle arpentera le chemin de la découverte de soi. Ça sonne mieux et c’est même plus adéquat.

Je te salue ma belle pour ton courage, ta franchise, et surtout pour l’introspection que tu as sue faire. J’espère que la culture, la tradition et la religion ne seront plus des barreaux de cette prison dans laquelle on se trouve tous, à divers degrés bien sûr.

Parlons de sexualité, s’il vous plaît. Il n’y a rien de mal à ça ! Il faut en parler. Il n’existe pas de sujet tabou, on nous a simplement imposé une telle vision du monde et on a passé des siècles à éviter de poser des questions et de critiquer certaines théories.

Je souhaite que toutes les femmes, où qu’elles se trouvent, quelle que soit leur couleur, leur religion, leur origine, qu’elles puissent se défaire du joug de la culture, de la tradition et de la religion, afin qu’elles puissent vivre une vie sexuelle libre, dénuée de danger et remplie de sécurité et qu’elles puissent explorer ce monde sexuel qui a tant à offrir.

Enfin, ce n’est que mon humble avis.

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée. 

Freeman. B


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins

5 thoughts on “LE POIDS DE LA CULTURE, DE LA TRADITION ET DE LA RELIGION.

    1. le T fut ajouté exprès vu qu’on parle de religion un peu…pourquoi ne pas parler de sainteté pendant qu’on y est, vu qu’on parle de sexe? j’apprécie que vous l’ayez capter! Je vous applaudis et bonne semaine à vous!

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      1. J’avais échafaudé cette éventualité. Puis finalement j’ai mis cela sur le dos du traducteur de Google. Le pire les échanges : entre français et espagnol et inversement.
        Je subis les mêmes soucis avec mes contacts Sud-américains.
        Même si je le sais, les mailles du filet sont trop grosses.
        Je redoute et me fait avoir quand même !
        Il est presque 04h00 AM, je vais dormir un peu.

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      2. Ces remarques venant des lecteurs nous rappellent combien on est faillible et imparfait et ça nous donne une sérieuse dose d’humilité. et surtout, c’est souvent drôle de voir ces petites erreurs.

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      3. Je travaille pour Google depuis 4 ans. Invité à la Grande Messe à Palo Alto CA des fins d’années 2019 et 2020, tous frais payés, par La Direction de Maps, j’ai refusé d’y aller.
        Raison : ils m’avaient concédé 10 mn de temps de parole.
        Or pour signaler leurs erreurs concernant Maps, il m’aurait fallu au moins 90 minutes et 2 bouteilles d’eau.
        MdR.

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