À L’EGLISE AVEC MA MERE…

C’était un beau jour d’été méditerranéen. Le soleil était au zénith, la température proche des fameux 40 degrés Celsius qui rendent la vie étouffante. J’étais assis sur une chaise légèrement inconfortable au balcon, en train de lire un magazine dont les articles n’arrivaient pas à attirer toute mon attention. Par lassitude, ma main passait entre les pages plus rapidement qu’un TGV japonais. J’entendis ma maman m’appeler et je me suis retourné. Avant que je me lève pour aller la rejoindre, elle est venue vers moi. Elle s’est baissée et je lui ai fait la bise sur la joue. Comme à l’accoutumée, elle me demanda si je voulais qu’elle m’amène le repas du midi. J’ai souri et j’ai répondu par la négative. Je lui ai dit que j’irais chercher mon plat tout seul, comme le grand garçon que je suis depuis des lustres. Elle sourit. Avant de partir, elle se retourna et me dit, « mon chéri, demain, j’irais à la messe. Ça te dirait de venir avec moi ? ».

Un large sourire apparut sur mon visage et j’ai hoché de la tête avant de lui dire un oui catégorique. Le lendemain matin, à sa grande surprise, j’étais prêt avant elle. On a démarré la voiture et on s’est rendu à l’église, proche de la demeure de mes parents. La messe des chrétiens orthodoxes est très différente des autres messes, qu’elles soient catholiques ou protestantes ou des autres églises du 21ème siècle qui ne s’identifient à aucune des dénominations contemporaines et courantes. La messe dure 90 minutes et la liturgie est partagée en ancien grec, qui est profondément différent du grec actuel. L’église était remplie et les fidèles regardaient ma mère avec une curiosité évidente, de la voir entrer avec un homme au teint basané qui lui tenait la main.

Nous avons passé les 90 minutes qui ont suivi dans une harmonie parfaite. Ma maman n’a pas lâché ma main et je me sentais serein et empli d’allégresse. Einstein disait que le temps est relatif et je peux le confirmer sans utiliser des formules physiques complexes. On aurait dit que les fameuses 90 minutes avaient duré quelques minutes, à mon grand désarroi. J’aurais aimé que ces 90 minutes durent une journée complète. Ce fut un moment magique, et difficile à décrire malgré mes compétences d’écrivain.

La magie reposait dans le simple fait que ma mère, la chrétienne pieuse dont la foi en Dieu semble ne jamais vaciller, me voulait à ses côtés, pendant qu’elle priait. Je l’ai entendu murmurer des remerciements au seigneur pour toutes les bénédictions qu’elle a eu dans sa vie. De temps en temps, quand le prêtre semblait s’éterniser dans un sermon, elle mettait sa tête contre mon épaule tout en me tenant la main. Ce simple geste, rempli d’amour, de respect et d’affection, m’a apporté une paix que j’ai rarement ressenti dans ma vie. L’adulte en moi disparut et fit place à l’enfant, le petit Freeman qui désire être avec sa maman. C’est cela être un enfant, je me dis. Nous sommes tous des enfants de quelqu’un, et sentir que nos parents ont encore besoin de nous, qu’ils nous aiment et nous apprécient, est une bénédiction quasi-impossible à décrire.

Personnellement, je ne crois pas en Dieu. La raison de mon athéisme ou de l’absence de croyance, si je puis le dire ainsi, n’a aucune importance. À chacun ses croyances. Qui plus est, ma mère sait très bien que je ne crois pas en Dieu et ce depuis que je suis gamin. Bien qu’elle soit au courant, elle ne m’a jamais demandé pourquoi, chose qui m’a toujours fait impression et on n’a jamais discuté de ce sujet, à part les quelques rares fois où elle me demande, gentiment, doucement, avec son fameux sourire, d’aller à l’église. Je lui lance toujours des réponses acides avec le sourire et elle finit par sourire. D’ailleurs, je ne rate jamais une occasion pour faire des blagues sur la religion et Dieu. À mon grand bonheur, elle est la première à rigoler quand elle les entend. Malgré cette différence de taille qui nous sépare, elle m’a demandé de l’accompagner, tout en étant sûre que j’irais à l’église avec elle ce matin-là. Elle sait que je l’aime et que je la respecte avant tout. Elle sait aussi qu’il m’est difficile de lui dire non. Et de mon côté, au fond de moi, je savais qu’elle désirait m’avoir à ses côtés pendant ses prières. Je savais que ma présence lors de la messe avait une importance capitale.

Pourquoi m’a-t-elle demandé de l’accompagner ? Cela faisait longtemps que je ne l’avais pas accompagné, je l’avoue. Alors, pourquoi ? Franchement, je ne sais pas. Peut-être qu’elle m’a amené à l’église pour remercier Dieu de m’avoir gardé vivant tout ce temps. Peut-être qu’elle m’amené à l’église pour avoir à ses côtés une de ses bénédictions comme elle m’a appelé une fois. Peut-être qu’elle voulait être avec moi pendant qu’elle priait. Peut-être qu’elle considère que je lui apporte paix et sérénité quand je suis sage et il m’est impossible de ne pas être sage dans une église. Peut-être qu’elle avait des raisons que je ne connaitrais jamais. Entre vous et moi, les raisons de ma maman n’ont aucune importance. Tout ce qui importe, est d’avoir passé 90 minutes de bonheur, de calme, de sérénité avec elle.

Je ne dirais jamais aux gens quoi penser, tout comme je ne veux en aucun cas entendre des gens me dire quoi penser. Ce qui se passe dans la tête et le cœur des gens, ne regarde personne ; ça ne regarde que la personne concernée. Je ne vais pas à l’église parce que je ne crois pas en Dieu. Cependant, aller à la messe par respect pour une personne que j’aime, est un honneur, une obligation morale et sentimentale. Une ancienne flamme a fait la même demande naguère à laquelle j’ai répondu avec plaisir. Nous sommes allés à la messe et nous avons passé une heure harmonieuse où elle me tenait la main tout en ayant sa tête appuyée sur mon épaule. Il est vrai que je ne fais pas cela tous les 52 dimanches du calendrier grégorien, mais j’essaie de le faire autant que possible.

Je me dis que si on aime quelqu’un, on peut mettre de côté certaines choses pour faire plaisir à la personne que l’on aime. Aller à l’église et m’asseoir pour suivre la messe, est ennuyant pour moi, vu que je ne crois pas en Dieu. Néanmoins, je peux mettre mes croyances de côté pour la personne que j’aime, que ce soit ma mère, ma dulcinée, ou un ami(e). Si prier et croire en Dieu est important pour ma personne et si je peux ajouter à son bonheur en étant à ses côtés, alors là, je n’hésite pas. Être avec la personne qu’on aime quand cette dernière veut prier, remercier Dieu, se recueillir, ou juste être dans un lieu qui a une importance à ses yeux, tout cela a une valeur incommensurable. Faire plaisir à ma mère ou à ma douce, restera toujours une priorité et un honneur.

La vie est courte et ce simple fait est incontestable. Cette information amène son lot de questions mais il y a une seule question que je ne cesse de me poser une question qui finit par me tarauder l’esprit et le cœur ; combien de moments pareils remplis d’allégresse, de paix et de recueillement me restent-ils avec ma mère ? Combien de telles bénédictions me reste-t-il ? Des moments pareils valent tout l’or du monde. Et comme dit ma douce maman, « seul Dieu connait l’avenir car quoiqu’on le fasse, à la fin, c’est le seigneur qui décide. Le seigneur a ses propres plans que l’on ignore ». Elle dit ça souvent. En ce qui me concerne, profiter de ces moments de bénédictions me semble une priorité absolue !

Enfin, ce n’est que mon humble avis.

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée. 

Freeman. B

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s