ÊTRE MÉTIS AU BURUNDI…

Il est toujours intéressant d’entendre les gens partager leurs opinions sur un sujet qui me tient à cœur : la vie au Burundi quand on est métis. Je trouve ce sujet fascinant et infiniment intéressant, car il me concerne directement et je ne cesse de recueillir des avis et opinions sur le sujet. Cependant, je me dois de vous le dire, chers amis ; il existe un énorme cratère qui sépare l’opinion de ceux qui ne sont pas métis et la réalité vécue par les métis eux-mêmes. Par ailleurs, il faudrait souligner et insister sur le fait que les métis ne sont pas homogènes et chaque métis a ses propres expériences qui diffèrent grandement de celles d’autrui.

D’emblée, avant que certains imbéciles se lèvent pour protester vigoureusement, il est indéniable que la vie de métis au Burundi contemporain ne comporte aucun risque physique ou psychologique. Il n’existe aucune chasse aux métis, ou de persécution, il faut l’avouer. Jamais je ne me suis senti en danger dans mon pays. Je me suis senti plusieurs fois inconfortable, mais jamais je n’ai craint pour mon intégrité physique ou morale. Donc, au niveau de la sécurité, tout va bien.

Néanmoins, être métis au Burundi n’apporte aucun privilège tangible, même si les gens semblent penser le contraire. Sacrilège ! Menteur ! Imposteur ! Hypocrite ! J’ai déjà entendu plusieurs personnes prononcer des synonymes de ces mots pendant des années et c’est encore le cas aujourd’hui. Je ne sais pas d’où vient l’idée qu’être métis est synonyme de « personne carrément blindée ou obligatoirement privilégiée ». Toujours est-il, quand je raconte mon histoire, certaines personnes ont du mal à y croire, et ils croient que je suis l’héritier de Jean de Lafontaine, l’auteur des fameuses fables. N’empêche, la perception est toujours intéressante, car elle est souvent différente de la réalité. Et par définition, la perception nage dans un océan d’idées préconçues, préjugés et autres faussetés que l’on a dans nos têtes ou que l’on a appris d’autres personnes qui n’étaient pas mieux informées.

Je sais que « être métis » veut dire, dans l’imaginaire des gens, à différents degrés, riche, aisé, gâté, fragile mentalement et physiquement, peureux, arrogant, hautain, qui ne parle pas kirundi, qui se comporte avec un air de supériorité et avec dédain, capricieux, qui se comporte comme si tout lui est dû, etc. Oui, la majorité des connotations est négative. Je sais, je l’ai vécu et je le vis encore, mais à un moindre degré aujourd’hui. Il s’agit là de préjugés et d’idées préconçues nées probablement pendant la colonisation. Qui dit métis au Burundi, dit plus blanc que noir, c’est un fait. Quand j’allais quelque part, j’étais un blanc par mon apparence, mais quand je parlais kirundi, tout d’un coup, certains disaient que j’étais Burundais et les autres insister sur le fait que j’étais toujours blanc. Toujours un plaisir infini d’être défini par les autres qui ne vous connaissent pas. Encore une fois, il s’agit de la nature humaine et blâmer des gens qui ont des préjugés ne rime à rien, d’après moi…

Ainsi, permettez-moi de partager quelques informations cruciales que vous ignorez surement.

Premièrement, il existe plusieurs sortes de métis. Nous ne sommes pas homogènes ! Je suis né au début des années 80, époque où les métis étaient rarissimes et la société burundaise était solidement renfermée sur elle-même. Aujourd’hui, en 2022, il n’y a que des métis partout et certains stigmas commencent à disparaitre.

Deuxièmement, la majorité des métis, à mon époque, avait un parent belge ou français et une minorité avait un parent russe ou russophone. Ma mère est grecque. Je ne connais que 2 autres familles dont un des parents était grec. Je n’ai pas fait l’école belge ou française. Nize kuri stella na École Primaire de Kinindo affectueusement appelée EPK ! Et parfois certains métis me regardaient de haut, ce qui était infiniment drôle, chose que je n’ai jamais comprise.

Troisièmement, je ne connais que 3 autres métis qui parlaient un kirundi impeccable comme le mien. Le reste des métis que je connaissais quand je vivais au Burundi, parlaient à peine kirundi. Je ne les blâme aucunement. Ils avaient une vie différente de la mienne, que ce soit sociale ou scolaire.

Quatrièmement, l’influence des parents sur les enfants est cruciale. Mes parents nous ont toujours encouragé, mon frère et moi, à nous intégrer dans la société et le premier pas passe par l’apprentissage de la langue locale, dans ce cas, le kirundi. Une fois la langue maitrisée, il est quasiment impossible de ne pas être accepté par la société. Quand je vous dis que mes parents sont trop forts…

Cinquièmement, l’énorme majorité des Burundais que j’ai rencontrée dans ma vie, fut accueillante, curieuse et affable. Il y avait toujours une petite minorité qui était quelque part distante, méfiante et parfois hostile. Et alors ? La nature humaine est ainsi et cette minorité ne va pas éclipser les gens géniaux que j’ai rencontrés je sache.

Sixièmement, dans l’administration ou autres endroits, je n’ai eu accès à aucun privilège ! Oh que non ! Il fallait prouver chaque fois que j’avais le droit d’être dans les différents bureaux, vu que j’étais différent, donc forcément étranger. Je ne vous raconte même pas les périples pour obtenir un passeport, auquel j’ai droit parce que je suis Burundais ! Il fallait que je prouve que je parle kirundi comme si c’était une condition pour avoir un passeport. Et à l’école, ce n’était pas la joie non plus, bien au contraire ! « Grâce à » mon teint clair, j’étais facilement repérable dans une foule et si j’étais dans un groupe qui faisait des gaffes, j’étais puni en premier !

Septièmement, les soi-disant avantages avec la gent féminine. Il s’agit là d’une excellente définition du nom composé « fake news ». Pour la énième fois, je ne sais pas d’où vient cette croyance solidement ancrée dans l’imaginaire des Burundais. Plusieurs gars m’ont déjà dit ouvertement que toutes mes relations avec les filles burundaises sont dues au fait que j’étais métis. Et moi qui croyais que c’était mon sourire et mes blagues géniales qui m’avaient rendu service ! Imaginez ma déception inouïe « d’apprendre » de la bouche de ces experts dont l’idiotie n’a d’égale que l’ignorance que c’est ma couleur de peau qui avait poussé ces jeunes burundaises à me trouver sympathique. Au-delà de m’insulter, ils s’en prenaient aussi à ces filles géniales en insinuant qu’elles étaient aveuglées par la couleur de ma peau…Non, mais il faut le faire ! Certaines personnes sont connes, je vous jure.

Huitièmement, il est fort intéressant d’aller quelque part et immédiatement sentir le poids du regard et du jugement. Parfois, j’allais dans des mariages et des dots et je sentais instantanément le regard des gens. Certains regards étaient curieux, d’autres étaient amicaux et comme toujours, une minorité était moins qu’amicale. Encore une fois, ce n’est point différent que d’être une femme et entrer dans un endroit rempli d’hommes ou un noir qui va dans un endroit rempli de blancs, etc. Le plus amusant était de voir comment les gens me parlaient ou me traitaient avant que je dise un seul mot. Je me dis que les Burundais qui vivent en Europe ou en Amérique du Nord savent de quoi je parle…

Être métis au Burundi est une expérience incroyable qui m’a tant appris sur le Burundi, les Burundais, la nature et la psychologie humaine. Surtout, être un métis au Burundi est une expérience qui doit être vécue, racontée et qui est loin de l’imaginaire des gens. Je vous garantis que si vous parlez à un autre métis qui a vécu au Burundi, il vous racontera une expérience énormément différente de la mienne.

Enfin, ce n’est que mon histoire.

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée.

Freeman. B

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