BON DÉBARRAS, MADAME!

J’ai parlé de ce sujet apparemment épineux avec plusieurs personnes au fil des ans. Il est fascinant comment nous pensons en tant qu’être humains et combien nos avis diffèrent avec le temps, l’âge, l’expérience, la religion, etc. Et surtout, combien les gens, ont une fâcheuse tendance à s’attacher à un mot ou une phrase et oublier le contexte, le ton du message et parfois, pour ne pas dire souvent, l’essence même du message. L’être humain est fantastique par son intelligence et sa bêtise, qui semblent cohabiter quelque peu harmonieusement dans nos cervelles. C’est tout simplement époustouflant.

Allons droit dans le vif du sujet. Il y a de cela une dizaine d’années, j’étais assis dans un groupe de gens, qui furent naguère mes camarades de classe. Cependant, la majorité de ces jeunes hommes et femmes était devenue un groupe de gens que je connaissais à peine, vu que la vie nous avait séparé, comme elle sait si bien le faire. Pour le dire crument, ils étaient devenus des inconnus à mes yeux comme j’étais devenu un inconnu pour eux. Jusque-là, aucun problème. On partageait un verre en toute sérénité et l’ambiance était cool ce soir-là.

Au milieu de notre conversation, il y eut un court instant de silence. À ce moment-là, un jeune homme nous annonça qu’une ancienne professeure de notre école était décédée quelques semaines auparavant. Il y a eu les petites formules d’indignation sincères, comme les habituelles “que son âme repose en paix” et autres formules religieuses dont les Burundais n’ont pas le monopole. Encore une fois, jusque-là, rien de plus normal.

J’étais perdu dans mes pensées et j’avoue que jusqu’à ce jour, je ne sais pas ce qui m’a pris, et j’ai lâché nonchalamment un “bon débarras”, prononcé avec dédain. Avec le recul, je suis certain que garder le silence aurait été une meilleure option. Moi et ma grande gueule. C’est ainsi qu’on apprend à se taire, je me dis ; en déconnant plusieurs fois !

Une fois que la phrase assassine fut lâchée, je vous épargne les regards assassins et les formules désapprobatrices que j’ai reçues de la part de mes anciens camarades de classe. C’était trop tard et j’avoue qu’une partie de moi comprit et comprend encore et toujours leur indignation face à mon manque de tact et manque de classe, je l’avoue. J’ai essayé de me défendre, tant bien que mal, mais ils ont gagné et j’ai fini par me taire. Parfois, le silence est nécessaire, pour ne pas envenimer une situation qui ne risque point de se régler. Une leçon de plus dans mon portefeuille bien rempli de leçons de toutes sortes.

Maintenant, permettez-moi d’expliquer mon commentaire. J’ai eu le malheur absolu de croiser cette professeure. Je l’ai vu dans son élément, c’est-à-dire, dans une salle de classe, où elle était l’impératrice, la tsarine absolue. On aurait dit que même le bon Dieu auquel croient des milliards de personnes n’aurait pas pu la déloger de son trône impérial. J’ai entendu cette femme parler, hurler, menacer, insulter, rabaisser, humilier des jeunes adolescents en plein cours. Le manque de pédagogie et la tyrannie des autorités scolaires feront l’objet d’un autre texte. Il faut souligner que la majorité des professeurs n’était pas méchants. Ils ne savaient pas nécessairement transmettre leur matière avec calme, respect et patience, car je me dis que ceux qui leur ont appris, avaient les mêmes carences dans le domaine de l’enseignement.

Pour revenir à la déesse autoproclamée dont l’autorité semblait n’avoir aucune limite, mon diagnostic est simple ; cette femme fut un vrai tyran, une sorte de terroriste psychologique, une manipulatrice brutale par ses gestes et ses mots. Elle partageait aisément une rhétorique ethniste dans un Burundi déchiré par la guerre, où les plaies se multipliaient au lieu de guérir et de se fermer. Elle était hautaine et foncièrement méchante. J’ai effectué mes recherches à son sujet et plusieurs personnes ont souligné avec verve combien elle était insupportable.

Je ne dis pas qu’elle n’avait pas de qualités ; elle en avait comme tout le monde. Cependant, l’avis de ceux qui la connaissaient était sans équivoque et indéniable ; cette femme était une force négative sur cette planète. Je sais, je sais… Il ne faut pas juger autrui, du moins pas à haute voix. Je sais que tous les gens jugent les autres, mais ils le font de l’intérieur et ils ne disent jamais ce qu’ils pensent à haute voix. On pourrait dire que c’est faire preuve de décence, ce qui est une bonne chose en soi. Toutefois, le tact et la décence ne changent rien au fait que cette personne avait un caractère abominable.

Je vois une partie des gens qui lisent le texte qui voudrait comprendre ladite personne et elle n’est pas là pour se défendre. Je sais que si on fouille méticuleusement et longtemps dans le cours de sa vie, on trouvera la raison pour laquelle cet individu était ainsi. Probablement qu’elle n’a pas eu une vie facile. Probablement qu’elle a dû faire face à des situations difficiles. Sûrement qu’elle avait des blessures enfouies au fond de son âme. Peut-être qu’elle n’était pas consciente du calvaire qu’elle infligeait à son entourage, ses élèves et autres personnes. C’est très possible. Néanmoins, cela n’excuse aucunement son comportement. J’insiste toujours sur la différence entre « comprendre » et « excuser » les gestes de quelqu’un. Si vous vous sentez désolés pour elle, qu’en est-il des jeunes gens qu’elle a insultés, terrorisés, humiliés, et j’en passe ?

Personnellement, je suis content qu’elle soit morte. Je sais. Dans la culture burundaise et dans la tradition chrétienne, on ne se réjouit pas de la mort de quelqu’un. Apparemment, c’est indécent, impoli, mal vu, etc. Mais… Chaque Burundais et Burundaise que je connais s’est déjà réjoui de la mort de quelqu’un en privé ! Eh ben oui ! Il faut simplement ne pas le faire en public. Encore une fois, la décence veut qu’on enfouisse ses sentiments au plus profond de notre âme. Ce qui en soi, pour la énième fois, n’est pas une mauvaise chose. C’est une bonne chose, il faut l’avouer.

Ne pas se réjouir de la mort de quelqu’un… L’arrogance et non la décence, derrière cette phrase, m’indispose à un degré que je ne pourrais pas expliquer. Comme si des millions d’Irakiens et d’Afghans ne se réjouiront pas de la mort de George W. Bush quand elle surviendra. Comme si on ne se réjouit pas quand une personne, qui présentait une menace à notre intégrité physique et morale, disparait. Comme si la disparition d’un ennemi déclaré provoquait des nuits blanches chez les adversaires. Non, mais, vous vous foutez de la gueule de qui là ??? La mort, dépendamment de celui ou celle qui meurt, n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

Ma seule erreur fut de le dire à haute voix parce que j’ai dû aller dans un labyrinthe d’explications qui m’a épuisé. Et bien sûr, je fus traité de quelques adjectifs négatifs et c’est normal. Cependant, rien ne me fera changer d’avis ; le monde est meilleur sans cette personne. Ce jour fatidique, mes anciens camarades de classe m’ont demandé si j’aurais dit la même chose devant la famille de la défunte. J’ai répondu par la négative et j’ai vite fait remarquer aux gens que sa famille n’était pas avec nous. C’est sûr que je ne dirai jamais une chose pareille devant ses enfants ou son mari. Est-ce qu’un tel comportement fait de moi un hypocrite ? Absolument. Je suis hypocrite et je me dis que je ne suis pas le seul.

La question qui a suivi fut de savoir comment j’aurais réagi si quelqu’un avait dit la même chose au sujet de mon père ou de ma mère après leur décès. J’ai admis immédiatement et sans équivoque que ça ne me ferait pas plaisir, et le jour où ça arrivera, je vais devoir avaler les formules désobligeantes que certains prononceront. Je ne contrôle point les pensées ou les paroles des gens. Et toute personne a des ennemis, que je sache. La dame en avait en masse comme on dit au Québec et quand je me rappelle d’elle, on aurait dit qu’elle trouvait un malin plaisir à lancer ses formules assassines en classe. Il est vrai qu’il n’existe pas de personne parfaite, mais les personnes imparfaites et qui font du mal aux gens, sont légion dans ce bas monde. Elle faisait partie des gens hautement imparfaits et qui infligeaient de la peine aux autres. Et à cause de ce simple fait, sa disparition n’est point une perte, du moins, pas à mes yeux.

Bon débarras, madame. Le monde n’est pas devenu parfait quand vous avez disparu, mais les gens qui ont souffert à cause de votre arrogance, votre brutalité verbale et physique, votre orgueil, votre dédain, votre mépris, se portent probablement mieux aujourd’hui. Bon débarras et au plaisir de ne plus jamais vous rencontrer !

Enfin, ce n’est que mon humble avis.

Sur ce, merci pour votre attention et rappelez-vous que sourire est un cadeau du ciel, alors veuillez sourire autant que vous pouvez et je vous souhaite de passer une bonne journée.

Freeman. B


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